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Putes violentées pendant la manifestation contre violences faites aux femmes

Wednesday, November 9th, 2011

Ce samedi 5 novembre 2011, plusieurs milliers de personnes défilaient contre les violences faites aux femmes. Des travailleurSEs du sexe, ainsi que leurs alliéEs, venuEs revendiquer des droits furent la cible de violences de la part d’autre manifestantEs s’opposant à leur présence, illustrant une fois de plus que, pour certainEs, les violences faites aux putes ne sont pas des violences faites aux femmes.

Des pancartes arrachées, piétinées, quitte à donner un coup au passage, des huées, des insultes comme « bouffonne à pédés », « fachos », « aliénées » quand nous dénoncions la pénalisation des clients des travailleurSEs du sexe comme violence faite aux femmes et la liberté de parole pour les travailleurSEs du sexe. Des « dégagez » et des « vous êtes la honte de la manifestation » ont fusé  à plusieurs reprises. La présidente du centre LGBT de Paris, Christine Le Doaré, a voulu nous empêcher d’utiliser notre mégaphone et menacé de nous faire éjecter par une batucada… Choqués par une telle violence, quelques manifestantEs se sont d’ailleurs désolidariséEs de leur groupe pour venir marcher à nos côtés.

Quand les slogans invitaient à rompre le silence dont les femmes sont victimes, les putes étaient pousséEs au silence par des méthodes qui n’ont rien à envier aux machistes, qu’elles ne cessent pourtant, avec raison, de dénoncer. Il n’est pas possible d’être plus clair dans l’exclusion des putes de la catégorie des femmes.

La manifestation contre les violences faites aux femmes aurait-elle tourné en une manifestation pour les violences faites aux putes ?

La violence bien réelle n’était sans doute qu’une manière d’entériner la violence symbolique de la revendication de pénalisation des clientEs des travailleurSEs du sexe contenue dans l’appel porté par le CNDF et signé par des dizaines d’associations.

Nous avions dénoncé cette revendication car si elle aboutit, elle précarisera les travailleurSEs du sexe, les poussera dans des endroits plus dangereux et inaccessibles aux associations de prévention du VIH et des IST, elle rendra impossible l’imposition de l’usage du préservatif. Nous avions demandé aux organisations signataires de cet appel de s’en désolidariser, ce qui était le minimum quand on prétend lutter contre les violences faites aux femmes tant la pénalisation des clients des travailleurs du sexe augmenterait les violences faites aux putes. Le silence assourdissant que l’on nous a opposé illustrait déjà leur mépris à notre égard. Parmi les signataires, seul un parti, EELV, et une association, Paroles de femmes, nous ont répondu, disant qu’ils n’avaient pas encore de position déterminée sur cette revendication.

Après cet après midi de violences subies, l’une de nous a dû être transférée aux urgences par les pompiers en raison d’une brutale céphalée. Nous redemandons aux signataires et participantEs de cette manifestation de se désolidariser du projet de pénalisation de nos clientes, et leur demandons de dénoncer les violences dont nous avons été victimes. Act Up-Paris et le STRASS demandent encore une fois aux membres du conseil d’administration du centre LGBT de Paris la démission de sa présidente, Christine Le Doaré ; nous le ferons publiquement à chaque fois qu’elle fera preuve d’autoritarisme.

Parce que les signataires de cet appel, les manifestantEs qui nous ont violentéEs n’ont pas le monopole du féminisme, parce qu’il n’est pas possible de prétendre lutter contre les violences faites aux femmes tout en exerçant des violences à l’égard des putes, parce que la première violence réside dans le mépris de la parole des femmes travailleurSEs du sexe, nous continuerons de nous mobiliser pour porter cette parole, pour nous opposer aux féministes moralistes et paternalistes, pour toujours réaffirmer qu’une violence faite aux putes est bien une violence faite aux femmes.

STRASS, Act Up-Paris, Étudions gayment

Morano : “Un groupe de travail sur la prostitution dans les 3 mois”, le STRASS répond “Chiche” !

Saturday, February 27th, 2010

Jeudi 25 février à l’Assemblée Nationale étaient examinés les amendements à la proposition de Loi renforçant la protection des victimes et la prévention et la répression des violences faites aux femmes. (1)

Parmi les amendements examinés, celui de Mme Chantal Brunel (2), visant à supprimer le délit de racolage passif, induit par la Loi de 2003, a été retiré aux motifs “que nous prendrions un vrai risque à abroger à la hâte un dispositif qui a manifestement plus de mérite que certains ne veulent bien le dire” d’après Mme Morano, secrétaire d’État chargée de la Famille et de la Solidarité. (3)

C’est dire tout le mépris que ce gouvernement affiche envers les Travailleu(r)ses du sexe et toutes les associations, travailleurs sociaux, syndicats, magistrats, Élus et même policiers qui dénoncent unanimement les effets pervers et les conséquences désastreuses de cette Loi depuis 7 ans ! (4) La LSI prévoyait en effet l’établissement d’un bilan d’évaluation annuel : nous l’attendons toujours et pour cause !…

Pire encore, tout en se félicitant de “l’incontestable progrès” dans la disparition des “nuisances pour les riverains”, Morano, vantant les vertus du délit de racolage passif,  invoque “les dispositions de la loi de 2003, (…) des mesures à caractère social, à travers des dispositifs de protection et d’accompagnement” qui n’ont quasiment jamais été appliquées !

Pour finir, Mme Morano propose de “créer, dès aujourd’hui, avec vous-même (Mme Brunel NDR), le ministère de l’intérieur, le secrétariat d’État que je dirige et tous les partenaires institutionnels concernés, un groupe de travail afin de réfléchir ensemble, dans les trois mois qui viennent, à la meilleure façon d’améliorer la situation que vous évoquez.”

A cette dernière proposition ; voulant croire en la sincérité d’une telle démarche, nous informons Mme Morano qu’il faudra qu’elle compte avec le Strass. Depuis trop longtemps, les politiques concernant les TravailleuSes du sexe sont menées sans la moindre consultation des premièrEs concernéEs et dans le mépris de nos Droits. La répression comme seule réponse menant systématiquement à encore plus de violences et d’opacité, il est temps d’en finir avec ces politiques brouillonnes et clientélistes qui, en invisibilisant et précarisant les TravailleuSes du sexe, les livrent à tous les dangers.

Aucune politique dans la lutte contre le proxénétisme et l’exploitation sexuelle  ne peut être efficace si on refuse de considérer les TravailleuSes du sexe comme des partenaires.

Notes :

(1) Proposition de Loi renforçant la protection des victimes et la prévention et la répression des violences faites aux femmes

(2) PRÉVENTION ET RÉPRESSION DES VIOLENCES FAITES AUX FEMMES - (n° 2293) Amendement n°76

(3)  Compte rendu de la séance du Jeudi 25 février 2009

(4) Lire le rapport de la ligue des Droits de l’Homme et du Syndicat des Avocats de France :De nouvelles zones de non droit, les prostituées face à l’arbitraire policier” et Critiques des mesures concernant le « racolage passif » sur Wikipédia ainsi que le dossier d’ActUp sur la LSI.