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Groupe de travail sur la prostitution: Pas sans nous !

Saturday, March 20th, 2010

Nous apprenons que le nouveau groupe de travail gouvernemental sur la prostitution se réunira le 25 mars 2010, soit le lendemain de nos Assises de la prostitution qui auront lieu au Sénat, or, les experts sur le sujet : nous les travailleurs et travailleuses du sexe, ne sommes toujours pas consultés.

Dans Le Parisien du 18 mars, la députée UMP Chantal Brunel que nous avons rencontré il y a quelques semaines reprend notre idée de “maisons ouvertes” mais tout en déformant partiellement le sens que nous en donnons en opposition aux maisons closes. ?Nous craignons en effet fortement les volontés politiques réglementaristes de l’Etat et en particulier ses volontés de contrôle médical, migratoire et fiscal.
http://site.strass-syndicat.org/2009/11/reouverture-des-maisons-closes-mise-au-point-sur-la-position-du-strass/

Nous refusons catégoriquement le principe de dépistage obligatoire qui est contraire à toute logique de prévention reposant sur la responsabilité partagée, la confidentialité des données médicales, et la non exclusion des personnes séropositives. Cette idée ne ferait qu’inciter nos clients à demander des rapports non protégés tandis qu’eux ne seraient pas dépistés. Nous rappelons que seul le préservatif protège.

Nous ne voulons pas de patrons. Nous voulons l’auto-organisation par les travailleurs et travailleuses. Nombreux sont les travailleurs qui refusent toute ingérence dans leur travail et nous doutons fortement que notre communauté se laissera imposer une politique de contrôle par un tiers, alors que depuis les années 1970 et les débuts politiques de notre mouvement, nous nous sommes toujours battus pour être indépendants de proxénètes.

Nous nous félicitons que Mme Brunel reprenne notre analyse de l’échec de la loi sur la sécurité intérieure qui pénalise le racolage. Mais dans la même interview elle dit qu’il “faut condamner la prostitution à l’extérieur de ces lieux” (des maisons ouvertes). Ceci est purement une forme de chantage: soit nous nous plions au contrôle de l’Etat, soit on continue de nous criminaliser.

Nos élus doivent comprendre qu’ils ne trouveront pas de solution politique sans notre participation aux prises de décision nous concernant. Ils seront voués à répéter les mêmes échecs s‘ils ne consultent pas les personnes qui vivent la prostitution au quotidien et savent tout des conséquences de leurs politiques.
Nous sommes les seuls à détenir l’expertise sur nos vies.

Morano : “Un groupe de travail sur la prostitution dans les 3 mois”, le STRASS répond “Chiche” !

Saturday, February 27th, 2010

Jeudi 25 février à l’Assemblée Nationale étaient examinés les amendements à la proposition de Loi renforçant la protection des victimes et la prévention et la répression des violences faites aux femmes. (1)

Parmi les amendements examinés, celui de Mme Chantal Brunel (2), visant à supprimer le délit de racolage passif, induit par la Loi de 2003, a été retiré aux motifs “que nous prendrions un vrai risque à abroger à la hâte un dispositif qui a manifestement plus de mérite que certains ne veulent bien le dire” d’après Mme Morano, secrétaire d’État chargée de la Famille et de la Solidarité. (3)

C’est dire tout le mépris que ce gouvernement affiche envers les Travailleu(r)ses du sexe et toutes les associations, travailleurs sociaux, syndicats, magistrats, Élus et même policiers qui dénoncent unanimement les effets pervers et les conséquences désastreuses de cette Loi depuis 7 ans ! (4) La LSI prévoyait en effet l’établissement d’un bilan d’évaluation annuel : nous l’attendons toujours et pour cause !…

Pire encore, tout en se félicitant de “l’incontestable progrès” dans la disparition des “nuisances pour les riverains”, Morano, vantant les vertus du délit de racolage passif,  invoque “les dispositions de la loi de 2003, (…) des mesures à caractère social, à travers des dispositifs de protection et d’accompagnement” qui n’ont quasiment jamais été appliquées !

Pour finir, Mme Morano propose de “créer, dès aujourd’hui, avec vous-même (Mme Brunel NDR), le ministère de l’intérieur, le secrétariat d’État que je dirige et tous les partenaires institutionnels concernés, un groupe de travail afin de réfléchir ensemble, dans les trois mois qui viennent, à la meilleure façon d’améliorer la situation que vous évoquez.”

A cette dernière proposition ; voulant croire en la sincérité d’une telle démarche, nous informons Mme Morano qu’il faudra qu’elle compte avec le Strass. Depuis trop longtemps, les politiques concernant les TravailleuSes du sexe sont menées sans la moindre consultation des premièrEs concernéEs et dans le mépris de nos Droits. La répression comme seule réponse menant systématiquement à encore plus de violences et d’opacité, il est temps d’en finir avec ces politiques brouillonnes et clientélistes qui, en invisibilisant et précarisant les TravailleuSes du sexe, les livrent à tous les dangers.

Aucune politique dans la lutte contre le proxénétisme et l’exploitation sexuelle  ne peut être efficace si on refuse de considérer les TravailleuSes du sexe comme des partenaires.

Notes :

(1) Proposition de Loi renforçant la protection des victimes et la prévention et la répression des violences faites aux femmes

(2) PRÉVENTION ET RÉPRESSION DES VIOLENCES FAITES AUX FEMMES - (n° 2293) Amendement n°76

(3)  Compte rendu de la séance du Jeudi 25 février 2009

(4) Lire le rapport de la ligue des Droits de l’Homme et du Syndicat des Avocats de France :De nouvelles zones de non droit, les prostituées face à l’arbitraire policier” et Critiques des mesures concernant le « racolage passif » sur Wikipédia ainsi que le dossier d’ActUp sur la LSI.

Offre de sexe gratuit ! Le STRASS soutient les Travailleuses du sexe danoises

Tuesday, December 8th, 2009

Communiqué de presse, mardi 8 décembre 2009

A l’occasion de la conférence mondiale sur le climat à Copenhague, la municipalité de cette ville a lancé une campagne de stigmatisation du travail sexuel et des clients en particulier, alors que le travail sexuel est parfaitement légal au Danemark. A leur habitude, les activistes anti-prostitution tentent de faire peur avec tout événement sportif ou politique d’ampleur internationale qui serait d’après eux un moment particulier d’augmentation de la traite due à une plus grande présence d’hommes. Ils ont obtenu de la mairie de Copenhague une campagne publique avec affiches publicitaires et cartes postales “Soyez responsables, n’achetez pas de sexe”.

Afin de répondre à cette nouvelle offensive anti-prostitution, nos collègues du Danemark ont créé un joli site Web consultable ici en anglais : http://www.cop15-prostitution.dk .

Elles ont également proposé de fournir des services sexuels gratuits à toute personne présentant le carton d’invitation à la conférence et une de ces fameuses cartes postales condamnant l’achat de sexe.

Le STRASS salue cette réaction particulièrement brillante et affirme son entier soutien. Nous sommes d’autant plus supportives que la menace de pénalisation des clients nous attend aussi en France, si les lobbies abolitionnistes parviennent à leurs fins auprès du parlement.


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Réouverture des maisons closes, mise au point sur la position du STRASS.

Wednesday, November 25th, 2009

Communiqué de presse :
Réouverture des maisons closes, mise au point sur la position du STRASS.

Le 24 novembre 2009, Christine Boutin relance le débat en se déclarant “pas défavorable à la reouverture des maisons closes” mais se rétracte ensuite très rapidement sous la pression des lobbys anti prostitution dont le mouvement du Nid.

Le Syndicat du TRAvail Sexuel qui compte plus de 250 membres travailleuses et travailleurs du sexe de toute la France aimerait que ce débat important ne soit pas clos aussitôt qu’initié parce que des professionnels de la lutte contre la prostitution font pression pour maintenir le dogme abolitionniste qui leur garantit de nombreuses subventions et la survie de leur organisation.

Le STRASS récuse le système abolitionniste actuel qui est en fait un système répressif à l’égard des travailleuSes du sexe sous prétexte de dignité humaine et de morale.
Nous sommes opposéEs au concept de maison close tel qu’elle existait aux XIXème et XXème siècles car elle était un moyen de contrôle et une entrave à nos libertés, et dénonçons l’hypocrisie des lois actuelles qui nous interdisent de travailler en intérieur, en particulier quand nous voulons travailler à plusieurs pour notre sécurité.

Nous sommes contre les maisons closes parce que :

  • Nous refusons de travailler au profit du tenancier d’une maison close comme nous nous opposons à toute forme d’exploitation et parce que 100% des revenus issus du travail du sexe doivent revenir au travailleur lui-même.
  • Nous refusons qu’une personne tierce nous impose ou influe dans le choix de nos clients, de notre prévention, de nos pratiques et de nos tarifs.
  • Nous considérons que le dépistage obligatoire aux IST souvent préconisé avec la réouverture des maisons closes ne protège en rien les travailleuSes du sexe et leurs clients puisqu’il ignore les fenêtres de séroconversion lors des transmissions de ces maladies.
  • Seul le port du préservatif protège et le dépistage obligatoire n’est en fait utilisé que pour inciter les travailleurs du sexe à accepter des rapports non protégés et à appliquer des politiques d’exclusion à l’égard des travailleurs séropositifs. Les scandales de contaminations dans l’industrie du porno sont un exemple flagrant de la contre productivité du dépistage obligatoire en matière de santé.
  • Nous refusons d’être mis à l’écart de l’espace public dans des endroits fermés et espaces réservés ou cachés. Nous faisons partie de cette société et nous voulons que nos lieux de travail soient des espaces ouverts à tout public adulte et non des maisons closes.
  • Nous ne voulons pas qu’un système réglementariste divise les travailleurs du sexe entre des réguliers qui travailleraient en maison closes et d’autres qui continueraient d’être criminalisés pour refuser de se plier au contrôle de l‘Etat. Nous voulons les mêmes droits pour tous quelle que soit notre nationalité.

Ce que nous voulons :

  • Le droit de travailler où nous voulons.
  • Le droit de nous associer avec qui nous voulons.
  • Le droit de travailler avec qui nous voulons.
  • Le droit de travailler comme nous le voulons.

Cela inclut donc d’abroger les lois sur le racolage et le proxénétisme qui nous empêchent d‘organiser notre travail et de nous loger de manière indépendante. En voulant dissuader l’existence de la prostitution, ces lois ne nous protègent pas, elles nous mettent en danger.

Note : Ce sont aussi les conclusions de la Déclaration et du Manifeste pour les Droits des Sexworkers en Europe, rédigés à l’issue de la conférence européenne de 2005, par plus de 300 travailleuSes du sexe de tout l’europe.

http://droitsetprostitution.org/declaration.htm
http://www.lesputes.org/manifeste_fr.pdf