Pénalisation des clients = violence faite aux femmes

November 5th, 2011

Les travailleuses du sexe, des femmes pas comme les autres ?

Ce samedi 5 novembre 2011 aura lieu la manifestation  nationale contre les violences faites aux femmes à l’appel du Collectif nationale pour les droits des femmes (CNDF).

Parmi des revendications louables visant à dénoncer une société sexiste et patriarcale, se niche une revendication moraliste et paternaliste : la pénalisation des clients des travailleuRses du sexe.

Depuis des mois, le STRASS, tout comme les associations de santé et de lutte contre le VIH/SIDA, se mobilise contre cette mesure proposée par le rapport parlementaire sur la prostitution en France rendu public le 13 avril 2011.

Une telle mesure mettrait en danger la santé et la sécurité des travailleuRses du sexe en les éloignant des structures de prévention, de soins et de dépistage1, en donnant aux forces de police le pouvoir de les contrôler davantage notamment.

Loin d’aller dans le sens de la lutte contre la traite et l’exploitation des êtres humains, une telle mesure la favoriserait en rendant les conditions d’exercice du travail sexuel encore plus difficiles et parce qu’elle inciterait les travailleurSEs du sexe à recourir à des intermédiaires afin de les mettre en lien avec leurs clients ou les protéger de la police.

La pénalisation des clients des travailleuRses du sexe produirait des conséquences encore néfastes que la pénalisation du racolage public.

Tout cela a très largement été rappelé par les travailleuRses du sexe et leurs alliéEs lors des Assises de la prostitution dès mars 2011, dans le cadre de conférences de presse par la suite et par le biais d’un dossier de presse. Mais ces voix ont une fois de plus été étouffées au motif que la parole des travailleuRses du sexe serait nécessairement aliénée, que ce ne seraient en somme que des inadaptéEs sociaux/les.

Au nom d’un abolitionnisme de façade, et tout en tâchant de masquer cela derrière la revendication de l’abrogation du délit de racolage public, les associations signataires de cet appel revendiquent ni plus ni moins la répression des travailleuRses du sexe et la prohibition du travail sexuel.

Le STRASS a dénoncé cela auprès de ces associations par voie de mail. À ce jour, aucune d’elles n’a souhaité se désolidariser publiquement de cette revendication.

Parce qu’il est faux d’affirmer que le travail sexuel serait une forme d’esclavage par nature, qu’il s’agirait en tant que tel d’une atteinte à la dignité de la personne humaine, qu’il serait impossible de consentir à l’exercice d’un travail sexuel, que ce serait une atteinte à la dignité de toutes les femmes, parce que la lutte contre les violences faites aux femmes ne passera pas par l’encouragement des violences faites aux travailleuRses du sexe, parce que la lutte contre les violences faites aux femmes ne peut se faire qu’avec les travailleuRses du sexe en écoutant et respectant leur parole, le STRASS demande que les signataires de l’appel du CNDF prennent une position claire contre la pénalisation des clients des travailleuRses du sexe.

Fadela s’en fout

October 21st, 2011

Ce mercredi 19 octobre 2011 a été lancé, dans l’amphithéâtre Caroli de l’hôpital Saint-Antoine, le nouveau cycle de conférence, intitulé « Urgence républicaine », de l’association « Future, au féminin » et du think tank « Des femmes au service de l’Homme ».

Pour cette première conférence-« débat » (qui relevait plus de la conférence de presse déguisée que du débat), Lydia Guirous (fondatrice-présidente de l’association) a accueilli Marie (étudiante en licence de droit à Paris et prostituée), Fadela Amara (co-fondatrice du mouvement Ni Pute Ni Soumise et ex-secrétaire d’État à la politique de la ville) et le professeur Charles Sigfred Peretti (chef du service de psychiatrie de l’hôpital Saint-Antoine).

Devant l’objectivité douteuse et la mise en scène évidente de cette présentation, le STRASS s’est invité.

Lydia Guirous nous a présenté son bébé en tirant « avec un grand cri la sonnette d’alarme parce qu’aujourd’hui ça suffit ! ».

Elle a très brièvement exposé l’idéologie qui se profile quand une étudiante devant travailler pour financer ses études rencontre trois opportunistes : une féministe échaudée, une politicienne éconduite et un psychiatre phatique.

Marie doit effectivement travailler pour financer ses études et l’on peut légitimement dénoncer le manque de crédits accordés à l’enseignement supérieur, la précarité des étudiantEs, la vétusté des campus, la mauvaise gestion des ressources humaines, etc. Mais là n’était pas l’objet de cette « conférence-débat ».

Il se trouve que Marie a « choisi la prostitution » comme activité.

Les intervenantEs y voient un drame national, un « fléau », pour reprendre le terme employé par Fadela Amara et dont la proximité avec les ordonnances de 1960, qui qualifient les tuberculeux, les homosexuels, les prostituéEs et les alcooliques de fléaux sociaux, ne peut qu’inquiéter.

Ne masquant ni son moralisme, ni son mépris, madame la Ministre n’a pas semblé s’inquiéter du fait que le problème était la précarité des étudiants et non le travail sexuel, puisqu’elle a publiquement affirmé : « vous voulez que je vous dise franchement, je m’en fous des prostituéEs ! Si vous le faites pour prendre votre pied, c’est votre problème ».

Fort de son expertise autoproclamée, le professeur Peretti a pu asséner tout un tas de pseudos-vérités, telles que le fait que l’exercice du travail sexuel était une « addiction indigne et honteuse », que cela consistait à « tourner le dos à l’émancipation », équivalait à une « perte de liberté », qu’il s’agissait de « monnayer son corps » et que l’argent qui en résultait était de « l’argent sale ». Allant jusqu’au bout de son mépris, il a pu affirmer que si Marie avait besoin d’argent pour financer ses études, elle n’avait qu’à « travailler ».

Respectant les règles du débat contradictoire, le STRASS est intervenu au stade des questions pour souligner que la conquête de la liberté ne pouvait passer que par la reconnaissance de droits aux travailleurs du sexe, que la violence ne résidait pas dans le travail sexuel, mais bien dans les discours qui visaient à expliquer à quel point cette activité était nocive, que s’il pouvait y avoir un problème d’estime de soi, cela n’était que le fruit des discours stigmatisants et victimisants qui désignaient les travailleurs du sexe comme des mineurs, ainsi qu’à la réglementation qui rendait l’exercice du travail sexuel difficile. À ce stade, la violence symbolique du discours est devenue bien réelle puisque les organisateurs se sont empressés de nous interrompre, de tout faire pour nous empêcher de prendre la parole, allant jusqu’à nous inviter à quitter la salle.

Le STRASS s’indigne de la récupération d’un problème de société réel – la précarité des étudiantEs – pour lutter contre le travail sexuel et ceux qui l’exercent, tout comme de la récupération des travailleurSEs du sexe par ces grossistes en prêt-à-penser.

Dans tous les événements publics, nous n’aurons de cesse de rappeler que le problème n’est pas le travail du sexe, mais bien la pathologisation et la victimisation des travailleurSEs du sexe, l’instrumentalisation de leur parole quand elle n’est pas purement et simplement niée.

Dans tous les événements publics, nous n’aurons de cesse de rappeler que la violence ne vient pas du travail sexuel, mais de la réglementation qui l’entoure et du regard porté dessus par les idéologues, les moralisateurs-trices de tout bord.

Je plaide pour… un peu de réalisme, par Claudette Plumey - ProCoré, Suisse.

October 19th, 2011

Évoquer le travail du sexe dans ses multiples réalités sans la réduire, comme on le fait trop souvent, à un seul de ses aspects, c’est refuser de vouloir faire une synthèse mirobolante ou misérabiliste de ses facettes contradictoires.
Parler du travail du sexe est difficile, car le dire, parce qu’on l’exerce, c’est immanquablement évoquer sa propre intimité, alors que le discours sur le travail du sexe tente souvent de l’aborder en faisant parler un imaginaire et des représentations de ce qu’il y a de plus sordide, de plus lointain du quotidien de tout un chacun, de plus aliéné, de plus extravagant.
Je me contenterai donc dans ce texte de donner quelques flashes sur ce qu’est pour moi le travail du sexe, sans effacer, sous un discours lisse, ses contradictions et en désignant par petites touches comment, avec une certaine délicatesse, on pourrait la considérer.
Le travail du sexe c’est…une paire de seins dévoilés, une minijupe, des hauts talons…nos entrecuisses…qui peuvent émouvoir les hommes. Travailleuses du sexe, nous sommes détentrices d’un pouvoir sur les hommes. Se prostituer c’est par exemple, entrer dans un bar, se faire offrir un verre, se faire courtiser…se sentir une personne dans le regard d’un homme que ce soit pour un moment fugace ou dans une certaine
régularité.
Mais entrer dans le travail du sexe n’est pas qu’affaire de pouvoir et de séduction…c’est aussi le lot de beaucoup de femmes qui y viennent à cause de la pauvreté; c’est donc bien la pauvreté qu’il faut abolir, car rien ne sert de nier que si elles en avaient le choix, beaucoup de femmes n’entreraient pas dans le travail du sexe.
Choix contraint? Oui…parfois…Je ne dirais pas aux filles-ni aux garçons du reste d’entrer dans le travail du sexe. Mais si ces personnes décident d’entrer dans le travail du sexe, pour éviter l’assistance, pour ne pas se faire marginaliser davantage, si elles font le choix de gagner ainsi leur vie, reconnaissons alors que le travail du sexe est une manière de faire: elle peut permettre à sa famille de vivre décemment. Choix fait dans les contraintes réelles de la société, elle doit alors pouvoir s’exercer en toute légalité dans cette société réelle et ce choix doit être reconnu comme un métier. C’est bien la reconnaissance légale qui permet de se prémunir de la contrainte, du proxénétisme forcé, des mauvais traitements…toutes conditions d’exercice du travail du sexe qui forcent à travailler cachées, empêchant les femmes d’être protégées. Choix contraint?… oui … parfois … mais tant d’autres choix sont également contraints … La caissière de grande surface, la travailleuse à la chaine,les petits salaires,le peu de considération, la pression dans le travail sont monnaie courante et mènent parfois à … préférer le travail du sexe, car elle n’a, à cet égard, rien de bien particulier ou de remarquablement plus aigu à montrer.
Pourtant pour une travailleuse du sexe, dire qu’elle “fait des clients” c’est automatiquement se mettre à l’écart de la société et de ses normes, même lorsque les lois réglementent plus qu’elles n’interdisent. Ainsi, même si un cadre légal limite les abus ,le regard porté sur nous, empêche nombre d’entre nous de parler à visage découvert, de s’assumer pleinement aux yeux des proches ou de l’administration, ou de tiers hors du travail du sexe…
Pourtant, au regard de la société encore, aller aux “putes” n’est qu’un acte banal, admis. Il y a donc deux poids deux mesures, une sorte de schizophrénie, que l’on retrouve du reste chez certains clients qui paient parce qu’ils achètent ce service sexuel et qui finissent, une fois la relation établie, par affirmer que les travailleuses du sexe ne devraient pas être dans le travail du sexe.
C’est au fond comme si, chez certains clients, leur pratique du travail du sexe ne changeait pas l’image qu’ils se font du travail du sexe. Une image où elles sont toutes des victimes, même si la transaction concrète ne ressemble pas à cette image…Ce double standard, où les travailleuses du sexe ne devraient pas exercer, et les clients ne pas acheter, n’aide pas à désembourber les débats sur le travail du sexe et à assurer aux femmes une protection digne de ce nom.
Je ne demande donc rien d’autre au fond…qu’un peu de réalisme, ou est-ce un peu d’honnêteté?

Claudette Plumey
Présidente de ProCoRe. (Prostitution-Collectif-Réflexion : http://www.prokore.ch )

Le cri des putains de Gerland

September 30th, 2011

Jeudi 29 Septembre, les prostituées de Gerland (quartier de Lyon) avaient organisé une manifestation pour protester contre le harcèlement policier dont elles sont victimes et contre l’ampleur que prend chaque jour la répression d’État à leur encontre, notamment la multiplication des interdictions de stationner, et donc des PV et mises en fourrière de leurs véhicules.

Suite à la manifestation, qui a réuni plus d’une centaine de personnes, la Préfecture a accepté de recevoir une délégation de quatre personnes. Deux prostituées de Gerland, une représentante de l’association Cabiria et une représentante du STRASS sont donc allées exposer à M. Tournaire (directeur de cabinet du Préfet) et Mme Gretto (chef de cabinet de ce même préfet) les conséquence de la politique menée à Lyon à l’égard des travailleuses du sexe ; nous avons exigé la fin du harcèlement policier, et demandé à ce qu’une discussion ait lieu au plus vite entre les différentes parties concernées (autorités, riverains, travailleuses du sexe), afin de trouver une issue à cette situation intolérable.

En dépit de son mépris flagrant, M. Tournaire a pris des notes et nous a assurées qu’il ferait remonter nos revendications…C’est donc avec une grande impatience que nous attendons les prochaines nouvelles qui émaneront de la Préfecture, et il va sans dire que si aucun engagement allant dans le sens des revendications des travailleuses de Lyon n’est pris, la mobilisation d’hier, déjà très enthousiasmante quand à l’avenir de notre lutte en général, n’aura été qu’un aperçu de ce dont des putes en colère sont capables !

Quant à la manifestation en elle-même, la chanson écrite à cette occasion par Karen, prostituée en lutte, résumera mieux que tout autre récit l’ambiance qui y régnait :

LE CRI DES REBELLES

On est debout sur les pavés

Pour le droit à la liberté

Combattre une moralité

Masquées pour ne pas être vues

On défile quand même dans la rue

Défendre un droit que l’on a plus.

C’est un cri, c’est un chant,

C’est le cri des putains de Gerland,

Toute la rage qu’on a dans le corps

On se battra jusqu’à la mort

Contre un état qui nous ignore

C’est un cri, c’est un chant,

C’est aussi un métier qu’on défend,

Si vous croyez qu’on va céder

Et obéir à des frustrés

C’est mal connaître les prostituées

C’est un cri, c’est un chant,

C’est le cri des putains de Gerland,

Toutes la force qu’elles portent en elles

Le soulèvement de ces rebelles

Contre un État qui les harcèle

Manifestation contre la répression des travailleurSEs du sexe le 29 Septembre à Lyon

September 23rd, 2011

Depuis le mois de juillet, les lieux de prostitution de Lyon font l’objet d’une surveillance policière très forte. Tout l’été, les travailleurSEs du sexe ont été harceléEs par les pouvoirs publics et les forces de l’ordre : PV (35 €) à répétition, mises en fourrière successives à 130 €, pouvant aller jusqu’à trois fois par jour…
Il est inconcevable que cette situation se prolonge.
C’est pourquoi les travailleurSEs du sexe organisent une manifestation le 29 septembre, à l’issue de laquelle elles espèrent pouvoir rencontrer le Préfet du Rhône.

Rejoignez-nous :
Départ 14h place Jean Macé (7è arrondissement)
Venez avec vos parapluies rouges.
Des masques seront fournis pour les personnes souhaitant rester anonymes.

Les petites frustrations de Mme Bousquet ne légitiment pas son mépris des droits humains fondamentaux

September 4th, 2011


Dans le cadre du débat sur la pénalisation des clients de prostituéEs, Mme Bousquet et Mr Geoffroy nous avaient déjà habituéEs à des propos diffamants et criminalisants à l’égard des personnes ayant recours à des services que nous, travailleurSEs du sexe, leurs proposons en toute conscience.

Dans une interview accordée à France Soir, parue ce 30 août, nous avons eu le regret de constater que leur mépris de nos (potentielLes) clientEs est plus que jamais présent en cette rentrée. En revanche, nous avons été satisfaitEs de la confirmation, par la principale intéressée, d’une hypothèse que nous n’osions émettre publiquement jusqu’ici : si Mme Bousquet profère si souvent de si abjects propos, c’est tout simplement parce que, comme nous le pensions, elle est « frustrée » !

À la question de France Soir lui demandant sa position sur l’accompagnement sexuel pour les personnes handicapées, la réponse de Mme Bousquet fait non seulement preuve d’un manque certain d’empathie, digne de la droite la plus réactionnaire, mais en outre ne manque pas de cynisme :

« Je suis contre. Moi, je souhaiterais être grande et mince, j’en suis frustrée, c’est ainsi. La vie est faite de frustrations. Les clients doivent l’accepter. Si l’on ne peut pas avoir de sexualité sans payer quelqu’un car on est handicapé, c’est triste, mais c’est ainsi. »

Le fait que Mme Bousquet ose comparer ses petites frustrations esthétiques aux souffrances vécues par des milliers de personnes n’étant physiquement pas en mesure de disposer librement de leur propre corps relève à la fois d’un égocentrisme effrayant et d’un profond mépris pour la souffrance d’autrui. Profitons-en pour rappeler que l’accompagnement sexuel désigne un ensemble de pratiques ayant pour but essentiel de réconcilier une personne avec son corps en général et avec sa sexualité en particulier, notamment lorsque le handicap devient un obstacle physique à la satisfaction de ses propres désirs sexuels.

Surtout, ces propos révèlent l’ignorance de Mme Bousquet, ou son volontaire piétinement, de droits humains pourtant reconnus comme fondamentaux.

En 2003 encore, comme depuis des décennies, l’OMS réitérait la recommandation suivante :

« Afin d’atteindre et de maintenir la santé sexuelle, les droits sexuels de toutes les personnes doivent être respectés, protégés et assurés. ».

Rappelons également que dans la pyramide des besoins fondamentaux établie par Virginia Henderson, et enseignée aux futurEs infirmierEs, se trouve celui de « vivre pleinement ses relations affectives et sa sexualité ».
Enfin, et n’en déplaise aux féministes prohibitionnistes, les droits sexuels ont également fait l’objet en 2009 d’une déclaration de l’IPPF (Fédération Internationale des Plannings Familiaux)

Nous sommes désoléEs pour Mme Bousquet que le droit à être grande et mince n’ait pas été reconnu comme fondamental pour la santé. Mais parce que nous pensons que la société (et donc, les partis politiques) doit offrir d’autres réponses à la souffrance que la seule frustration, nous continuerons à revendiquer notre liberté de disposer de notre corps en tant que travailleurSEs sexuelLes, le droit pour touTEs de recourir à nos services, ainsi que la reconnaissance des pratiques professionnelles qui peuvent aider une personne à se sentir mieux dans son propre corps par le biais de la sexualité.

Les travailleurs/travailleuses du sexe du Cameroun, Réclamons nos droits !!!

July 5th, 2011

Texte soumis par ACODES Cameroun.

Contexte

Dans un contexte de pénalisation de la prostitution et du racolage au Cameroun par l’article 343 (ordonnance présidentielle n°72-16 du 28 septembre 1972) qui stipule:

« 1° est puni d’un emprisonnement de six mois à cinq ans et d’une amende de 20 000 FCFA à 500 000 FCFA toute personne de l’un ou de l’autre sexe qui se livre habituellement moyennant rémunération à des actes sexuels avec autrui. »

« 2° est puni des mêmes peines celui qui en vue de la prostitution ou de la débauche procède publiquement par geste, parole écrits ou par tout autre moyen au racolage de personnes de l’un ou de l’autre sexe. »

Depuis l’entrée en vigueur de cette fameuse loi, l’article 343 des ordonnances de 1972 qui pénalise la prostitution et  le racolage au Cameroun, les conditions des travailleurs/travailleuses de sexe n’ont cessé de se dégrader à cause de la clandestinité : augmentation des viols, stigmatisation, escroquerie, arrêtés municipaux visant à écarter les travailleuses du sexe des centres-villes des régions et lieux de passage et pire encore les tracasseries et rafle par la Police et la Gendarmerie.

Les procès dans les tribunaux pour prostitution sont presque inexistants, ce qui signifie que la prostitution est tolérée au Cameroun.

Afin de mettre fin à la stigmatisation et aux conditions de vie et de travail inacceptables, les autorités Camerounaise doivent encourager la sensibilisation du grand public sur la question du travail du sexe. Le gouvernement Camerounais doit reconnaître le métier du sexe comme toute autre activité génératrice de revenus et par conséquent, protéger les droits humains des travailleurs/travailleuses de sexe.

Dans ce contexte non sécuritaire et répressif contre toutes les Travailleurs/ses du sexe, le besoin d’être visibles, de nous retrouver, et de nous organiser est plus que jamais d’actualité afin de faire entendre nos voix.

A cause de cette loi braconnière qui n’est jamais passée par le parlement, le gouvernement a failli à son devoir de créer des programmes de prévention et de recueillir des données sur les travailleurs/travailleuses du sexe au Cameroun.

Nous, ACODES voulons faire savoir au Camerounais et au delà de nos frontière que :

· La prostitution a toujours existé depuis l’aube des temps et même dans les habitudes socioculturelles propres à l’Afrique.

· La prostitution n’est pas la traite des êtres humains ni une violence faite aux femmes !

· La prostitution est un choix. Il s’agit d’un service sexuel tarifié entre adultes consentant.

· Déstabiliser, criminaliser, et mettre en danger les Travailleurs/travailleuses de sexe sans parvenir à protéger les personnes victimes des violences auxquelles elles font face au quotidien violent la charte de la déclaration universelle des Droits de l’homme.

· Depuis 2009 les personnes prostituées de la ville de Douala, par le billet de l’association ACODES et d’autres associations sœurs démontrent leurs connaissances, non seulement dans le domaine de la lutte contre le VIH/SIDA, mais également dans celui de l’accès aux droits en conclave.

Aujourd’hui, nous brisons le silence et voulons faire entendre nos voix.

Nous voulons informer les parlementaires des conséquences désastreuses d’une telle ordonnance de loi dépassée qui n’a plus sa place en ce troisième millénaire et en plus, d’après la constitution du 18 janvier 1996 où les pouvoirs ont été séparés, nous ne voulons plus: la clandestinité, l’exclusion, la vulnérabilité, et la dégradation de la situation sanitaire et sociale pourtant déjà critique.

La pénalisation de la prostitution bloque notre travail de prévention sur le terrain lors de nos sorties et visites à domicile: l’augmentation des contaminations VIH/SIDA, des hépatites, des IST tel que les condylomes.

En plus :

Les Travailleurs du Sexe sont victimes de multiples violences telles que: violences physiques, verbales, psychologiques, sexuelles et conjugales

Les coupables sont des clients violents, les personnes qui les exploitent, la police et les boys de nuits.

Les Travailleurs du Sexe du Cameroun exercent leur activité dans la crainte permanente d’être arrêtées, et mise en garde à vue.

TEMOIGNAGE/

Je me m’appelle Zougué Bénie je suis congolaise réfugiée au Cameroun travailleuse du sexe depuis mon arrivée dans ce pays. Fuyant la guerre dans mon pays , j’ai été très impressionnée de savoir qu’il existe ici une association qui milite pour la défense des droits des travailleurs du sexe quand je rencontre Henriette membre d’ACODES au rond point Deïdo. En effet j’ai passé une semaine au commissariat. La police nous a raflées le 18 Mai passé à la Elf aux environs de 22h 30 pour prostitution et oisiveté. Arrivée au commissariat d’autres filles ont négocié en payant 1000f pour certaines et 2000f pour les filles qui n’avaient pas de carte d’identité nationale. Je n’avais pas de sous, ils m’on demandé ma carte d’identité, j’ai présenté ma carte de séjour au policier qui me l’a demandé. Il s’est exclamé ouhhhou tu es congolaise tu fuis ton pays pour venir te prostituer au Cameroun ? En me rappelant que la prostitution est punie au Cameroun j’ai même réfuté que je ne suis pas une prostituée, que j’étais de passage quant ils raflaient. Ils ne m’ont pas comprise, ils m’ont demandé 15000f j’ai repris que je n’avais même pas un rond alors ils m’ont jeté en cellule où j’ai passé une semaine. Je couchais tout les soirs avec les policiers de garde au pris de ma liberté, c’était horrible.

J’aimerais tout d’abord remercier Henriette et Adonis qui m’ont soutenu moralement en me donnant l’attitude à adopter face à un agent de la police dans les jours à venir. Cela m’a beaucoup réconforté. Ceux qui n’ont jamais été dans une situation comme celle-ci ne pourront jamais comprendre comment on se sent lorsqu’on est privée de façon arbitraire de sa liberté et qu’on est tous les soirs violée par les policiers qui sont appelés à appliquer la loi. Je suis très reconnaissante envers tous ceux qui m’ont soutenu. J’ai pu éprouver la force de la solidarité.

« C’est grâce à la solidarité que nous somme forts. » merci ACODES

Bénie qui vous aime tous.

MANIFESTE et PLAIDOYER

-Nous sommes des citoyennes à part entière.

-Nous existons depuis la nuit des temps.

-Nous refusons les ordonnances de 1972 qui nous pénalisent.

-Nous ne sommes pas des victimes mais plutôt actrices et acteurs de nos propres vies et de nos choix.

-La prostitution n’est pas un délit, c’est une activité.

-Nous ne sommes pas des délinquantes, nous avons des droits et des devoirs envers la cité.

-Nous sommes aussi des électeurs et des électrices.

-Nous participons par le biais des impôts à l’économie de la nation.

-Nous ne voulons plus que les décisions qui nous concernent se prennent sans nous.

-Nous voulons un cadre social et un statut qui nous reconnaissent.

-Nous ne voulons plus vivre dans la crainte.

-Nous sommes aussi des chefs de famille, avec une vie sociale, familiale et amoureuse.

-Nous sommes des hommes, des femmes, des bisexuelles et des transsexuels libres de leurs choix de vie.

Adonis Tchoudja

Sexual Minority Human Right Defender

Chargés des programmes et du plaidoyer

ACODES CAMEROUN

Email : acodes2007@gmail.com

TEL : (+237) 76 49 49 89

Une nouvelle équipe pour le STRASS

June 20th, 2011

L’Assemblée Générale du STRASS s’est tenue le 2 juin dernier.

Lors de cette AG nous avons renouvelé notre bureau et élu les personnes suivantes :

Morgane Merteuil, secrétaire générale

Nicole Simovic, trésorière

Le reste du CA est composé de :

Tatiana M.

Cornelia Schneider

Chloé N.

Maitresse Gilda

Samantha

Manon

Les portes paroles sont également reconduites dans leur fonction à savoir :

Maitresse Gilda

Tiphaine Besnard

Isabelle Schweiger

Le STRASS est à présent composé de 462 membres à jour de leur cotisation.

La priorité de la nouvelle équipe pour l’année qui vient sera la lutte contre la pénalisation des clients.

TRAVAIL SEXUEL : POURQUOI PÉNALISER LES CLIENTS EST UNE MAUVAISE IDÉE

May 31st, 2011

Dossier de presse à télécharger ici : dossier_de_presse_penalisation_clients

Ce dossier présente les raisons pour lesquelles les travailleusEs du sexe ainsi que leurs alliéEs sont fermement opposéEs à la pénalisation de leurs clients. Une telle mesure aurait en effet des conséquences catastrophiques en premier lieu pour les personnes concernées par la loi mais aussi pour les libertés de tous.

Ce document a  été réalisé par le collectif Droits & Prostitution et le Strass, co-signé par plus de 20 associations  et sera présenté lors de la conférence de presse commune :

Attaqué-es sur tous les fronts, les travailleuses du sexe et ceux qui les défendent contre-attaquent

le mercredi 1er juin à 10 h 30

au Théâtre Paris-Villette, Parc de la Villette

211 Avenue Jean Jaurès

75019 Paris

Liste des associations et mouvements signataires :

ActUp, Paris
Aides
Acceptéss-T, Paris
A.N.A, Avec Nos Ainées, Paris
Arcat-Santé, Paris
Autres Regards, Marseille
A.R.A.P rubis, Nîmes
Association des Amis du Bus des Femmes, Paris
Cabiria - Lyon
Association Charonne - Paris
Collectif Droits & Prostitution
Entr’Actes - Lille
Grisélidis - Toulouse
Strass, Syndicat du Travail Sexuel
Etudions Gayment, Paris Nanterre
Elus Locaux Contre le Sida
Médecins du Monde
Solidarité Sida
S.T.S Support Transgenre Strasbourg
Tjembé Rèd !
Unals, Union Nationale des Associations de Lutte contre le Sida

MANIFESTATION PARIS 2 JUIN 2011 14 h de Pigalle à République

May 31st, 2011

Travailleurs/-ses sexuelLEs
Pour la reconnaissance de nos métiers, défendons nos droits. Pour notre survie, luttons en montrant que nous sommes nombreux/-ses et solidaires.

  • Contre la pénalisation du racolage,
  • contre les amendes,
  • contre nos voitures à la fourrière,
  • contre le retrait de la garde de nos enfants,
  • contre la pénalisation de nos clientEs,
  • contre l’arrestation des escortes sur Internet,
  • contre l’expulsion de nos collègues étrangerEs,
  • contre le statut d’inadaptéE sociale,
  • contre les violences,
  • contre le proxénétisme d’État et toute exploitation de nos métiers.

MANIFESTATION PARIS 2 JUIN 2011 14 h de Pigalle à République