Archive for the ‘presse’ Category

Manifestation : Mardi 6 décembre à 15H, place Edouard Herriot.

Sunday, December 4th, 2011

Le 6 décembre, les travailleurSEs du sexe et ceux qui les défendent se rassembleront à 15 h, place du Président Edouard Herriot près de l’Assemblée Nationale pour protester, une fois de plus contre les politiques répressives les visant ou visant leur clientEs.

En effet, au même moment, les députés débattront et adopteront probablement, la proposition de résolution visant à réaffirmer la position abolitionniste de la France en matière de prostitution.
Cette proposition de résolution vise à entériner juridiquement et symboliquement les conclusions du rapport Bousquet sur la prostitution en France, au premier rang desquelles figure la volonté de pénaliser les clientEs des travailleurSEs du sexe.


C’est l’étape avant la proposition d’une loi de pénalisation des clients.


Les travailleurSEs du sexe et leurs alliéEs dénoncent depuis des mois cette volonté d’accroître encore un peu plus la répression à leur encontre, mettant en danger leur santé, leur sécurité, leur subsistance.

C’est ce que, le 28 novembre dernier, le Collectif Droits & Prostitution et le Strass rappelaient dans un courrier adressé à l’ensemble des DéputéEs, exigeant de nouveau que les travailleu(r)ses du sexe soient REELLEMENT associéEs aux politiques publiques en matière de prostitution.

Documents :

Courrier aux députés (co-signé par plus de 21 associations)

Dossier de presse contre la pénalisation des clients.

Contacts presse :

Pour ActUp Paris, Cécile Lhuillier : 06 65 64 52 88

Pour le STRASS : Maîtresse Gilda : 06 23 06 87 01
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Décriminalisez entièrement le travail du sexe

Wednesday, December 15th, 2010

En France, officiellement, le travail du sexe est légal. Ce qui est illégal est le racolage ainsi que le proxénétisme, y compris le proxénétisme de soutien, qui ne criminalise ni la violence ni la coercition mais tout acte d’aide à la prostitution, même entre prostitués.

Cela signifie concrètement que le travail du sexe bien que soumis à l’impôt, n’est pas considéré comme un travail, mais comme de la prostitution, une activité tolérée, réduite à la sphère privée, et dont celles et ceux qui fournissent le service sexuel, sont toujours considérés comme inadaptés sociaux depuis les ordonnances de 1960 qui faisaient également de la tuberculose, de l’alcoolisme et de l’homosexualité des fléaux sociaux.

Si nous pouvons donc vendre des services sexuels, ou plutôt si nous pouvons avoir des amants qui nous donnent de l’argent, nous n’avons pas le droit de passer de petites annonces, de racoler nos clients dans la rue, de louer un endroit pour travailler, de nous prêter l’usage d’une camionnette, ou de tout autre acte de solidarité entre nous, sans reconnaissance de droits en tant que travailleur ou de citoyen puisque les discriminations et dénis de droits de la part de la police, de la justice et de l’administration sont nombreux.

Beaucoup a été dit sur la volonté du gouvernement de nettoyer au Kärcher les rues de notre présence pour assurer la “tranquillité publique”, ou d’utiliser la lutte contre le racolage comme moyen de lutter contre l’immigration. Or, l’argument principal justifiant la criminalisation des travailleurs du sexe, eux et elles-mêmes, est de deux ordres : il s’agirait de porter un coup aux profits de nos soi-disant proxénètes en décourageant l’activité de prostitution, et de nous diriger (de force) vers les associations travaillant à notre réinsertion sociale. En effet, lorsque nous sommes arrêtés pour racolage, nous sommes fortement conseillés par la police de nous rendre auprès d’associations travaillant avec et pour l’Etat et qui conditionnent pour la plupart leur “aide” à l’arrêt de la prostitution.

SYSTÈME ABOLITIONNISTE

Nous sommes donc depuis plus de cinquante ans dans un système abolitionniste, qui souhaite la disparition de la prostitution, officiellement sans s’attaquer aux travailleurs du sexe, mais qui dans les faits continue de nous criminaliser et nous réduit à un statut de non-citoyen, n’ayant pas la capacité de décider pour lui-même du bienfondé de ses actes et dont l’Etat a à sa charge la réinsertion sociale.

Les deux points justifiant notre criminalisation, même indirecte, reposent pourtant sur une méconnaissance des réalités de notre travail. La notion de proxénétisme est en effet floue puisqu’elle inclut légalement des actes qui ne correspondent pas aux descriptions de violence et d’abus. En lisant attentivement chaque cas régulièrement cité dans la presse de faits divers, la majorité des condamnations pour proxénétisme se porte bien plus contre les travailleurs du sexe que sur les personnes exploitant notre travail.

Aussi, en criminalisant l’organisation du travail sexuel, le racolage, ou le proxénétisme hôtelier, sous prétexte d’empêcher notre exploitation, nous nous retrouvons à devoir accepter les règles du marché noir, sans régulation ni protection, sans recours auprès de la police en cas d’agression, ou des prud’hommes en cas d’exploitation, et de travailler dans les pires conditions, en devant souvent payer les coûts supplémentaires causés par la prohibition, sans oublier les amendes et le racket de la police.

Quand on parle de proxénète, de qui donc parle-t-on ? Pour l’Etat, la plupart d’entre nous serions sous l’emprise de proxénètes, justifiant ainsi les lois répressives, et si l’on tient compte de la définition de la loi, en effet, toute personne avec qui nous avons des transactions économiques dans le cadre de notre travail ou non, toute personne qui bénéficie d’une partie de nos revenus, même au sein de nos familles et de nos proches, serait un proxénète.

Pour nous, le plus grand proxénète de France, c’est l’Etat lui-même. C’est l’Etat qui commet les actes de violence les plus graves à notre encontre et qui nous extorque le plus notre argent. Les arrestations, les gardes à vue, les fouilles au corps, les expulsions, les amendes, les impôts, le racket et la prison, c’est l’Etat français.

Un proxénète, pour les autres travailleurs, s’appelle simplement un employeur. Et si l’on compare l’industrie du sexe avec d’autres secteurs économiques, la part de revenus confisquée par un employeur sur le fruit du travail est souvent bien plus grande. Pour 35 heures de travail par semaine, la part de revenus tirée du travail du sexe sera souvent relativement plus importante. Où est donc l’exploitation ? Nous croyons qu’elle est partout et qu’elle définit tout travail. Mais en focalisant uniquement sur le travail du sexe qui serait défini comme “exploitation sexuelle” a contrario de travail, on fait comme si le travail n’était pas non plus une forme d’exploitation.

RECONNAISSANCE DU TRAVAIL

Lutter contre l’exploitation se fait par l’arrêt de la prohibition et la reconnaissance du travail ouvrant ainsi les mêmes droits sociaux dont bénéficie tout travailleur. La notion de travail ne normalise ni ne relativise les problèmes de violence et d’exploitation qui peuvent se tenir lors d’une activité professionnelle. Elle permet simplement d’apporter des solutions qui sont habituellement adoptées grâce aux lois et code du travail. Les problèmes d’abus et de travail forcé existent dans les secteurs économiques qui sont les plus dévalorisés et qui opèrent à la limite de la légalité ou dans l’illégalité. L’exploitation d’une main d’œuvre souvent d’étrangers sans papiers n’est pas le fait de la nature du travail mais de l’illégalité de leur statut. Le travail du sexe en tant que tel n’a donc pas vocation à être exercé sous la contrainte ou assimilé à de la “traite des êtres humains” contrairement aux définitions de l’Etat et des organisations prohibitionnistes.

L’accès aux services sociaux et à l’aide des associations doit être libre et respectueux du choix des personnes. Représenter tout travailleur du sexe comme une personne aliénée et esclave est en contradiction avec nos réalités, et ne permet pas d’apporter les solutions nécessaires aux problèmes que nous rencontrons, puisque le travail du sexe est pour nous bien plus une solution économique souvent temporaire à un moment donné de notre vie, et non la cause de tous nos maux.

Récemment, deux rapports ont été émis appelant à la décriminalisation du travail sexuel. Il s’agit du rapport du Conseil national du sida (CNS) qui voit la criminalisation du racolage comme une entrave directe à l’accès aux soins et à la prévention du VIH et de la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH), qui dans son avis sur la lutte contre la traite des êtres humains, en plus de la décriminalisation, demande que les violations des droits humains faites à l’encontre des travailleurs du sexe soient traitées par les provisions générales des lois contre le viol, violences, exploitation, extorsion de revenus, et non plus par des lois spécifiques stigmatisantes telles celle sur le proxénétisme.

Alors qu’une mission parlementaire étudie actuellement les lois encadrant le travail sexuel, il serait décevant que nos politiques non seulement continuent de penser uniquement dans l’optique de la criminalisation mais en ajoute une supplémentaire en visant en particulier nos clients. C’est l’impression pourtant qui ressort de notre audition par cette mission parlementaire, et des questions de sa présidente, Danielle Bousquet, bien connue pour son militantisme en faveur de la criminalisation de nos clients. Nous espérons donc que cette consultation n’était pas qu’un maquillage politique pour justifier une décision déjà arrêtée depuis longtemps, et nous attendons la publication de son rapport pour le printemps prochain.

Thierry Schaffauser, travailleur du sexe, élu représentant syndical du Syndicat du travail sexuel (Strass)

Source : http://www.lemonde.fr/idees/article/2010/12/15/decriminalisez-entierement-le-travail-du-sexe_1453445_3232.html

PROSTI TUÉES !

Tuesday, August 24th, 2010

“Lobbys religieux, charity-business, démagogie, errances idéologiques, bonne conscience, politiquement correct, mensonges, manipulation… Abolitionnisme : pour en finir avec ce système.”

Alternative Libertaire a choisi de faire dans son numéro de juillet-aout 2010 un dossier sur la prostitution avec pour titre « Proxénètes, Clients, PROSTI   TUEURS, pour en finir avec ce système ». (1)

Ils expliquent que leur volonté d’écrire ce dossier est venue de leur rencontre avec des féministes qu’ils appellent ‘pro-prostitution’ ainsi que de groupes qu’ils nomment règlementaristes. Des militantes du STRASS ayant fait partie du collectif féministe en question, nous croyons comprendre que c’est de nous entre autres qu’il s’agit à travers ces mots. L’éditorial du dossier est en fait plus précis, parmi les exemples de ce qu’AL appelle ‘l’offensive règlementariste’ ils citent : « création d’un syndicat de prostitué-e-s – le Strass –, pétition demandant la mise en place de services sexuels pour les personnes handicapées, articles dans des grands quotidiens appelant à la constitution de maisons de prostituées autogérées… »

Ni le STRASS ni ses alliées féministes ne se sont ‘pro-prostitution’, mais défendent la légalité du travail sexuel, sa dignité, son droit d’exister sans souffrir de discriminations, d’opprobre et de violence. Le STRASS n’est pas un lobby ‘pro-prostitution’ mais un syndicat de défense des droits des travailleurs et travailleuses du sexe. L’amalgame est trompeur, et l’on ne dirait pas des autres syndicats qu’ils défendent le capitalisme quand ils défendent les travailleurs. Le STRASS n’est pas règlementariste. (2) En fait, le STRASS est l’organisation en France qui se bat le plus contre le règlementarisme car c’est nous qui avons été à la pointe du rejet de la réouverture des maisons closes prônée par la députée UMP Chantal Brunel en hiver dernier. C’est nous qui avons consacré les Assises de la prostitution 2010 au Sénat en partenariat avec le Collectif Droits et Prostitution sur le thème de l’opposition aux maisons closes, et c’est nous encore qui avons organisé la seule manifestation publique le soir de ces Assises, ayant clairement comme mot d’ordre le rejet de la proposition de Brunel. (3) Nous nous sommes maintes fois exprimé publiquement sur notre refus des maisons closes.

Il est évident qu’AL a une définition faussée du règlementarisme, mais certainement aussi de l’abolitionnisme et du prohibitionnisme. Nous considérons en effet le réglementarisme comme une politique de contrôle et de répression de la part de l’Etat qui est en contradiction totale avec nos revendications, parmi lesquelles notre proposition de maisons ouvertes autogérées en coopératives, sans patron ni contrôle d’un tiers ou de l’Etat. Nos revendications pour la reconnaissance de notre existence, le droit commun et l’égalité des droits, et la décriminalisation de notre travail par l’abolition de toutes les lois sur la prostitution s’apparentent au contraire bien plus à la volonté originelle de l’activiste et fondatrice de la philosophie abolitionniste, Joséphine Butler. Or, il est vrai que nous ne nous définissons pas non plus abolitionnistes, car ce courant a été récupéré et dévoyé par des prohibitionnistes souvent d’obédience chrétienne ayant pour but final l’abolition du travail du sexe, par le contrôle social de la prostitution et notre “réhabilitation”.

Ce courant bénéficie de millions d’euros de subventions publiques chaque année afin de lutter contre la prostitution, avec des centaines de personnes salariées dans toute la France ayant tout intérêt à préserver leurs intérêts économiques. Pour ne prendre exemple que de l’une d’entre elles, l’Amicale du Nid bénéficie d’un budget annuel de 12 200 000 euros avec plus de 200 salariés. (4) L’abolitionnisme tel qu’il existe aujourd’hui est donc avant tout un business très juteux. Ces organisations défendent la criminalisation de l’organisation de notre travail à travers les lois sur le proxénétisme, sans distinguer le proxénétisme de contrainte du proxénétisme de soutien, et maintenant militent pour la pénalisation de nos clients, contrairement à ce qu’ils déclaraient lors de leur audition au Sénat, en 2001 estimant que c’est une “fausse solution”. C’est dans cette ligne idéologique qu’AL veut se situer, en prétendant ne pas être prohibitionniste parce qu’ils sont contre la criminalisation du racolage. Or, le délit de racolage n’est qu’une des mesures d’un ensemble législatif prohibitionniste qui criminalise les travailleurs et travailleuses du sexe de bien des façons.

L’autre raison pour laquelle nous ne nous définissons pas abolitionnistes est que toutes ces organisations participent à la confiscation de la parole des travailleurs et travailleuses du sexe, soit par notre maintien au silence, soit par la calomnie, en nous accusant d’être complices de trafiquants, de proxénètes, de pédophiles et de violeurs, quand nous ne le serions pas nous mêmes.(5) La seule parole des travailleurs du sexe qui leur semble valable est celle qu’ils instrumentalisent, c’est-à-dire celle de personnes présentées comme victimes, n’ayant pas la capacité de faire leur propre choix et nécessitant leur aide charitable.

Ce n’est pas ainsi que nous concevons notre libération. Nous pensons au contraire que le statut de victime est un piège, qui nous enferme dans une posture de passivité, et nous prive de moyens d’actions pour nous auto-organiser. Les abolitionnistes ont beau avoir de belles intentions, nous ne leur reconnaissont aucun droit à décider de nos vies et des actions que nous devons mener, comme le fait de continuer à exercer le travail du sexe ou non.

Il est déplorable qu’AL ait décidé de procéder de la même façon en rédigeant tout un dossier sur notre travail, sans se donner la peine de consulter les divers collectifs de travailleurs et travailleuses du sexe qui existent en France, dont le STRASS. AL s’arroge le monopole de l’autogestion en déniant la parole des travailleurs et travailleuses du sexe dans son analyse et nous explique pourquoi  dans un texte datant de 2007: «Nous ne participerons pas aux luttes revendiquant des droits attachés au « métier » ou au statut de prostitué(e)s, mais avec les prostitué(e)s aux luttes universelles qui les concernent aussi (lutte pour les droits sociaux universels, lutte contre les lois sécuritaires). » (6) Voilà tout le paradoxe de la position abolitionniste d’AL qui refuse de considérer les travailleurs du sexe dans leur diversité et divise les prostituées en traçant une frontière improbable : d’un côté les “bonnes” prostituées victimes et de l’autre ; des libérales complices du système patriarcal et du capitalisme mondialisé. Comme si nos luttes, bien que partagées par des libertaires, n’étaient pas légitimes parce qu’émanant de femmes, de trans’ et d’hommes exerçant le travail sexuel mais refusant la victimisation et la confiscation de notre parole par des “spécialistes” auto-proclamés, et préférant nous syndiquer pour enfin, nous faire entendre. Y a-t-il d’autres groupes de travailleurs pour lesquels AL conditionne ainsi sa solidarité ?

En lisant le dossier d’AL, les seuls ‘experts’ cités, à l’exception d’Andrea Dworkin, n’ont aucune expérience du travail du sexe. Ce qui est éclairant par ailleurs, c’est que ces ‘experts’ se contredisent entre eux. En effet, AL interviewe le sociologue Lilian Mathieu qui les met pourtant en garde contre les erreurs des courants abolitionnistes. Son livre, La Condition Prostituée, explique très bien l’essentialisme de l’idéologie abolitionniste et Mathieu a dû dénoncer le manque de rigueur scientifique des autres ‘experts’ cités comme Richard Poulin, et en particulier leur habitude de fabriquer de faux chiffres. (7)

Celles et ceux qui militent pour les droits des travailleurs et travailleuses du sexe savent que les chiffres avancés sont pour la plupart faussés, quand ils ne sont pas inventés de toute pièce. Par exemple, lors de chaque événement sportif international, nous entendons la même légende urbaine des 40 000 femmes victimes de la traite déportées d’un endroit à l’autre de la terre. (8) AL décide de présenter les mêmes faits et décrit la prostitution en France comme dominée par la traite. Il semble donc qu’AL se base sur les mêmes chiffres que ceux délivrés par le Ministre de l’Intérieur Brice Hortefeux. Cependant, le STRASS a déjà démontré dans une tribune sur LeMonde.fr que les chiffres du Ministre sont faux, basés sur le nombre de personnes arrêtées dans le travail de sexe de rue et ne reflètent en rien la réalité de la prostitution en France.(9) En effet, les personnes arrêtées en priorité par la police sont étrangères car le délit de racolage a pour but de les expulser. Il ne reste plus qu’aux courants abolitionnistes d’imposer le dogme selon lequel tous les travailleurs et travailleuses du sexe étrangèrEs sont des victimes de la traite car par définition il ne peut y avoir pour eux de migration économique s’agissant du travail sexuel. Nous en arrivons donc à la conclusion erronée que la grande majorité des prostituéEs en France seraient des victimes de la traite des êtres humains.

“Post hoc ergo propter hoc”

Ce constat biaisé érigé en vérité scientifique permet ensuite, pour le gouvernement d’expulser autant qu’ils veulent, et pour les courants abolitionnistes de revendiquer de plus amples mesures prohibitives dont la principale est à présent la pénalisation de nos clients. Comme son titre l’indique, avec en couverture l’image d’une ombre d’homme portant un costume représentant le pouvoir masculin, le dossier d’AL tient la position des hommes comme centrale dans l’existence de la prostitution et de la traite. En plus de la figure du proxénète, qui pourtant dans la réalité est souvent une femme, le nouveau responsable de tous les maux des femmes est le client de prostituéEs. C’est lui qui est considéré comme responsable de la traite des femmes, car c’est lui qui créerait la demande pour le marché du sexe. En plaçant, le rôle du client comme central dans son analyse, AL commet l’erreur d’omettre les travailleurs et travailleuses du sexe. En général, la raison pour laquelle nous exerçons le travail du sexe n’est pas à la suite d’une demande d’un client mais pour des raisons économiques.

La plupart du temps, c’est nous qui allons chercher le client pour répondre à nos besoins. En voulant criminaliser nos clients, AL ne répond pas à notre situation économique, mais met en danger les ressources que nous avons à notre disposition par le travail du sexe. AL a beau préciser que des droits universels devraient nous permettre de ne plus avoir à travailler dans l’industrie du sexe, mais la répression de nos clients telle qu’elle s’est déroulée dans les pays qui ont choisi ce  modèle, et telle qu’elle est présentée par le reste des courants abolitionnistes ne va pas dans ce sens. En réalité, la répression des clients est le moyen de ne pas avoir à résoudre la question de notre situation économique, et de fait, ne fait pas disparaitre la prostitution. Si AL considère sérieusement le problème de la précarité des femmes et des minorités qui ont recours au travail du sexe comme forme de stratégie économique, ils ne devraient même pas avoir à envisager la question de nos clients mais tenter de trouver de meilleures options. La criminalisation de nos clients au contraire aggrave notre précarité car elle nous prive d’une partie de nos revenus, nous force à travailler dans des espaces plus éloignés de la police pour conserver notre clientèle et donc à travailler plus longtemps et dans de plus grands dangers.

AL répondra alors que la majorité des prostituéEs étant des victimes de la traite, notre situation économique n’est qu’un facteur secondaire car minoritaire, un souci de capitalistes libéraux présentant la « figure mensongère de l’indépendante faisant croire que la prostitution est faite par et pour les travailleuses: l’argent leur reviendrait ». Or, même si AL avait raison et que la majorité des prostituées étaient des victimes de la traite, criminaliser les clients ne supprimerait pas la ‘demande’ de sexe. Elle ne ferait que réprimer celui qui pour l’instant est le seul acteur qui peut encore appeler la police sans risque d’être arrêté, et celui en meilleure position de mettre fin à la traite des êtres humains concrètement en étant en direct contact avec les victimes. Si AL connaissait un peu mieux nos clients, ils sauraient qu’ils ne viennent pas dans le désir ordinaire de nous dominer, parce que la sexualité des hommes n’est pas vouée par essence à toujours vouloir dominer celle des femmes.

Le STRASS déplore qu’une organisation libertaire puisse défendre de telles positions, celle de lobbys religieux, contre l’auto-organisation des travailleurs et travailleuses du sexe dénoncée comme règlementariste, et envisage peut-être même la pénalisation de nos clients. Nous estimons que c’est un réel recul de la part des mouvements anarchistes et libertaires quand on sait par exemple qu’Emma Goldman avait dénoncé la fabrication du mythe de la traite des blanches par les mouvements chrétiens et prohibitionnistes afin de contrôler les femmes du peuple en réprimant davantage l’exercice de la prostitution. Goldman plaçait la question de la situation économique des femmes au centre de son analyse et jamais n’a accusé les prostituéEs d’être complices du capitalisme ou du patriarcat. (10)

1 http://www.alternativelibertaire.org/spip.php?article3631

2 http://site.strass-syndicat.org/2009/11/reouverture-des-maisons-closes-mise-au-point-sur-la-position-du-strass/

3 http://site.strass-syndicat.org/2010/04/assises-de-la-prostitution-et-pute-pride-2010-revue-de-presse-suite/

4 http://www.fondationscelles.org/index.php?option=com_content&task=view&id=208&Itemid=111

5 http://www.mouvementdunid.org/Feu-Verts-au-proxenetisme-Lettre

6 http://www.alternativelibertaire.org/spip.php?article707&var_recherche=prostitution%20abolitionnisme%20

7 http://www.contretemps.eu/socio-flashs/ce-que-melange-entre-expertise-militantisme-peut-produire-pire

8 http://endehors.net/news/une-legende-urbaine-les-40-000-prostituees-d-europe-de-l-est-importees-en-allemagne-pour-la-coupe-du-monde-de-football

9 http://www.lemonde.fr/idees/article/2010/06/02/combien-de-travailleurs-du-sexe-sommes-nous-par-thierry-schaffauser_1366353_3232.html

10 http://womenshistory.about.com/library/etext/bl_eg_an8_traffic_in_women.htm

AFP: Des prostitués mettent la mode au service de la lutte contre le sida à Vienne

Tuesday, July 27th, 2010

(AFP)

VIENNE — Les participants à un défilé de mode de vêtements féminins et masculins portant la griffe Daspu, créés par une ex-prostituée brésilienne, ont dénoncé les discriminations dont sont victimes les travailleurs du sexe dans le monde en relation avec la problématique du sida, mercredi à Vienne.

Le label Daspu, diminutif pour “das putas” en portugais, a été créé en 2005 par Gabriela Leite, prostituée “à la retraite” et toujours engagée pour les droits des travailleurs du sexe.

Dans le Village mondial des ONG mercredi en marge de la Conférence internationale sur le sida, les manequins d’un jour, prostitués et membres d’associations, ont défilé, certains timides d’autres au déhanché lascif, sous les acclamations nourries du public.

Short jaune à mince bretelles, mini-jupe sur bas résilles rouges ou robe à volants, beaucoup de pièces mettaient en valeur les corps. La célébration de la femme apparaissait aussi sur le tissus. Sur un T-shirt pour homme un corps féminin se dessine dans la vapeur s’échappant d’une tasse de café.

Dépassant d’une corsage, ou d’une poche, des préservatifs dans leur emballage écarlate rappellent le motif de cet événement.

Pour les prostitués, “la prévention contre le sida est un instrument de travail, c’est important que les travailleurs du sexe sachent se servir d’un préservatif”, a expliqué à l’AFP Friederike Strack, responsable de l’association Davida, qui travaille avec Daspu au Brésil.

La prévalence du VIH au sein de ce groupe est sensiblement plus élevée que dans le reste de la population mondiale. La criminalisation de leur activité dans de nombreux pays et les discriminations sont d’importants obstacles pour l’accès des travailleurs du sexe aux informations et aux traitements.

“La visibilité de notre groupe est très importante pour réduire la discrimination et la violence à notre encontre”, a estimé Camille, un transgenre brésilien qui travaille en France.

Copyright © 2010 AFP. Tous droits réservés.

source : AFP: Des prostitués mettent la mode au service de la lutte contre le sida à Vienne.

Sida/conférence : des travailleurs du sexe font fuir le délégué américain - E-llico

Friday, July 23rd, 2010

Une vingtaine de travailleurs du sexe participant à la Conférence mondiale sur le sida à Vienne ont bruyamment manifesté mardi lors d’un point de presse d’Eric Goosby, le coordonnateur américain de la lutte contre le sida, le forçant à quitter la salle.

Au son du slogan “Goosby tue les travailleurs du sexe”, le représentant américain s’est mis à l’abri en empruntant la porte à l’arrière de la salle, flanqué de ses gardes du corps.

Les manifestants ont critiqué le traitement des prostitués dans le Plan américain d’aide d’urgence à la lutte contre le sida (PEPFAR), qu’Eric Goosby est chargé de mettre en oeuvre.

Armés de parapluies rouges et criant leurs slogans - “Sex workers’ rights are human rights”, “Les droits des travailleurs du sexe sont des droits de l’Homme”-, la vingtaine de manifestants, emmenés par le militant transgenre indien Laxsmi Tripathi en robe jaune criard, ont parcouru la salle de presse de la conférence avant de s’inviter au point de presse d’Eric Goosby.

Sida/conférence : des travailleurs du sexe font fuir le délégué américain - E-llico.

France Culture - Du grain à moudre

Thursday, April 1st, 2010
Ecoutez

Podcast

émission du mercredi 31 mars 2010

Faut –il rouvrir les maisons closes ?
En direct et en public du Salon du livre

Invités: Invités

Laure Adler.  Historienne, écrivain et journaliste
Productrice à France Culture (Hors-Champs, du lundi au vendredi à 22h15)

Maîtresse Gilda.  Membre du STRASS (Syndicat du Travail Sexuel)

Danielle Bousquet.  Députée PS des Côtes d’Armor
Vice-Présidente de la délégation de l’Assemblée nationale aux droits des femmes et à l’égalité des chances entre les hommes et les femmes

Michela Marzano.  Philosophe. Chercheur au CNRS

Comment faire de la vente de services sexuels un problème.

Saturday, January 16th, 2010

1. Adopter une position ferme, soit morale, soit religieuse, sur le sexe -
a) La vente de sexe est mal parce que seuls les gens dans des relations d’engagement à long terme doivent avoir des relations sexuelles, ou
b) Dieu dit que seuls les gens mariés devraient avoir des relations sexuelles et ce, uniquement entre eux.

2. Prenez de haut et déshumanisez n’importe qui voulant vendre du sexe: «Nul ne ferait ça de son plein gré. Ils doivent être fous / psychologiquement endommagées ou contraints ou forcés, etc

3. Rendez difficile, voire impossible pour quelqu’un qui vend du sexe d’organiser sa securité et de bonnes conditions de travail par la criminalisation des réceptionnistes, agents de réservations, etc. Rendez illégal pour un travailleur du sexe de partager son lieu de travail. Ces sanctions rendent le travail du sexe plus dangereux.

4. Financez de soi-disant “organisations de soutien aux femmes” qui vont commander des “recherches” non scientifiques qui exagèrent les problèmes de l’industrie provoqués par 1. 2. et 3. et présentez ces données biaisées comme factuelles.

5. Soutenez que la plupart des femmes qui vendent du sexe sont victimes de la traite, de contrainte, toxicomanes et souffrant de troubles.

6. Refusez de consulter ou d’écouter les points de vue des travailleuses du sexe lors de la planification et de l’écriture de toute nouvelle législation.

7. Rendez l’achat de services sexuels illégal.

8. Se demander pourquoi les criminels deviennent plus impliqués dans le commerce du sexe depuis que le travail du sexe est entraîné dans une plus grande clandestinité.

Débat sur Telessonne - Faut il légaliser la prostitution ?

Sunday, December 20th, 2009

Telessonne - Faut il légaliser la prostitution
Débat sur la chaine locale Téléssonne, invités : Maîtresse Nikita, trésorier du STRASS et Jean François Huet, représentant du Mouvement du Nid

Un défilé de prostituées pour lutter contre les préjugés - societe - Elle

Saturday, August 29th, 2009

UN DÉFILÉ DE PROSTITUÉES POUR LUTTER CONTRE LES PRÉJUGÉS

Mercredi soir, de nombreuses « travailleuses du sexe » ont défilé place Tiradentes, en plein cœur de Rio de Janeiro, au Brésil. Pour la quatrième fois, elles ont présenté la collection été 2010 de la marque « Daspu ». Créée en 2005, par une ancienne prostituée du nom de Gabriela Leita, la griffe lutte contre la discrimination de leur profession. Gabriela Leita a lancé « Daspu » afin de procurer des revenus réguliers aux prostituées tout en combattant le sida et les clichés liés au métier. Quant aux bénéfices obtenus par les ventes de la marque, ils seront réinvestis dans des actions de prévention des MST. K.M.

Photo : Un tee-shirt portant le logo de la marque

28/08/2009

Un défilé de prostituées pour lutter contre les préjugés - societe - Elle.

Libération : Assistante sexuelle, un homme comme les autres

Thursday, August 13th, 2009

Assistante sexuelle, un homme comme les autres

Par THIERRY SCHAFFAUSER représentant élu du Strass (Syndicat du travail sexuel, www.strass-syndicat.org).

Le 4 août dans Libération, nous avons eu la mauvaise surprise de lire un nouvel appel contre la prostitution, de la part des mêmes tenants de son abolition, mais cette fois en utilisant le prétexte du débat amorcé par les mouvements de handicapés qui appellent à une reconnaissance légale des pratiques d’assistance sexuelle. Au lieu de se réjouir de la possibilité d’un tel encadrement, nous avons droit aux mensonges et manipulations habituelles, aux mêmes confusions, aux mêmes diabolisations et dénigrements des travailleurs du sexe et de leurs clients.

L’assistance sexuelle est cependant différente de la prostitution classique en ce qu’elle nécessite une formation spécialisée des travailleurs du sexe pour garantir des gestes de soins spécifiques. On aurait donc espéré que sa reconnaissance légale et professionnelle lui aurait épargné le stigmate de la prostitution. Mais la figure du client handicapé, bien qu’elle contredise tous les discours sur le stéréotype du client «prostitueur» souvent assimilé aux violeurs ou criminels pédophiles, semble suffisamment menaçante aux yeux de nos activistes anti-prostitution.

Premier mensonge, le métier d’assistant sexuel n’a pas vocation à être assuré par une majorité de femmes ni à être exclusivement à destination d’hommes. Ce métier s’adresse à tous les handicapés quels que soient leur genre et leur orientation sexuelle, bien que les auteures de la tribune ne considèrent que la prostitution hétérosexuelle. En Suisse romande qui vient de former ses premiers assistants sexuels, c’est une majorité d’hommes qui vient d’être qualifiée pour ce métier et leur clientèle est composée aussi bien de femmes que d’hommes.

Second mensonge, le «droit à la sexualité» n’implique pas de «devoir sexuel». Les assistants sexuels, tout comme les autres travailleurs du sexe, ne sont pas le cliché de l’esclave et sont encore moins des victimes de la traite qui ne peut exister dans un tel cadre professionnel. Personne ne sera obligé d’exercer ce travail contre son gré, ils le savent très bien, mais ça ne coûte rien d’essayer de faire peur.

Vient ensuite un couplet sur le risque de retour de la femme traditionnelle qu’incarnerait celle qui fournit des services sexuels. La prostituée est ainsi décrite comme «oublieuse de soi, de sa propre sexualité, de ses propres désirs». Cette vision essentialiste et «putophobe» démontre le mépris que les abolitionnistes ont pour les travailleurs du sexe. S’ils nous connaissaient, ils sauraient que non seulement nous avons des compétences non négligeables pour exercer notre travail, mais qu’ils auraient à apprendre de nous et que cela les pousserait à remettre en question leur vision de ce que doit être la sexualité. Nous n’avons pas de leçon de féminisme à recevoir. Pour nous, ce n’est pas juste une théorie de salon, nous l’exerçons tous les jours et dans notre travail, en imposant nos conditions, nos pratiques, nos tarifs, et notre prévention aux hommes. Dans le registre de la peur toujours, nos chers abolitionnistes jouent sur la confusion entre le proxénétisme de soutien et le proxénétisme de contrainte et rappellent que les pays où l’assistance sexuelle existe ont dû décriminaliser certaines formes de proxénétisme. C’est précisément une des revendications des mouvements de travailleurs du sexe partout dans le monde qui en ont assez que, sous des faux prétextes de protection, ces lois servent à dissuader l’exercice de notre travail en criminalisant l’accès au logement, toute transaction économique, et jusque notre vie privée et familiale. S’il s’agissait de nous protéger contre les violences, pourquoi ne pas nous inclure dans le droit commun comme les autres citoyens et travailleurs et obliger la police à assurer notre protection comme le font ces soi-disant pays proxénètes ?

Troisième mensonge, les textes des instances internationales ne se dirigent pas vers plus de criminalisation de la demande mais montrent un certain scepticisme face à ce modèle. Le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, s’est lui-même prononcé pour la décriminalisation du travail sexuel et le dernier rapport de l’Unaids a recommandé de ne pas suivre la voie répressive de la Suède et des Etats-Unis. Il préconise au contraire d’adopter une approche dite de reconnaissance des droits humains des travailleurs du sexe, admettant leur existence et leur auto-organisation. De plus, la demande de services sexuels ne crée pas le trafic des femmes comme c’est encore répété sans preuve. La demande de services sexuels a toujours existé tandis que la traite s’est développée seulement ces quinze dernières années. Le nombre de clients tendrait même à avoir diminué, montrant bien un manque de corrélation. Ce qui crée la traite, c’est plutôt le renforcement des mesures anti-migratoires qui obligent les travailleurs migrants les plus précaires, dont les travailleurs du sexe, à accepter des conditions de travail toujours plus dures. La traite et l’exploitation n’existent pas que dans l’industrie du sexe mais dans nombre de métiers, or la demande pour des services sexuels est toujours visée.

La réelle violence contre les femmes est celle issue du système abolitionniste qui, en voulant empêcher l’existence de la prostitution, force les femmes, mais aussi les hommes et les trans’ toujours oubliés au passage, à exercer dans des conditions encore plus précaires et dangereuses, comme c’est le cas en Suède où les travailleurs du sexe sont obligés de passer par des intermédiaires pour organiser la rencontre avec leurs clients. Il est intéressant enfin de constater où sont leurs priorités. Alors que les travailleurs du sexe subissent depuis le 18 mars 2003 la pénalisation du racolage passif, ils préfèrent concentrer leur force contre les assistants sexuels qui ne concernent que quelques centaines de personnes en France.

La France est encore en retard sur ses voisins. Comme lorsque l’avortement était illégal, les plus riches se rendent à l’étranger et les plus pauvres continuent de prendre les risques sanitaires et légaux qu’implique la criminalisation.

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