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Les discours abolitionnistes : première cause de mort chez les putes !

Saturday, February 4th, 2012

Depuis des mois, vous, « féministes » abolitionnistes, vous réjouissez des différentes mesures prises pour lutter contre la prostitution : réaffirmation de la position abolitionniste de la France, mise en avant du projet de pénaliser les clients, fermeture progressive des sites permettant aux escortEs de déposer leurs annonces.

Depuis des mois, le seul impact effectif de ces « succès » à été la dégradation de nos conditions de travail, notre précarisation, nos difficultés toujours plus grandes à résister à un système capitaliste qui voudraient que chacunE soit l’exploitéE d’autrui.

D’un côté les putes de rues sont toujours plus harcelées par la police, toujours plus forcées de se cacher, de s’isoler, toujours plus victimes de violences et donc, poussées par cette prohibition même à faire appel aux divers intermédiaires, plus ou moins mal intentionnés, qui pourront nous assurer une sécurité que l’État ne nous garantit pas, cette sécurité qui semble être perçue comme une menace pour toutes celles et ceux qui aujourd’hui tirent leurs revenus de cette lutte contre la prostitution.

De l’autre côté, la situation des escortes, que l’on aime tant à ranger dans la case prostitution de luxe, n’est en réalité pas plus enviable : de plus en plus, notre seul recours pour pouvoir annoncer est d’engraisser les webmasters des seuls sites qui ne se font pas fermer car aux mains de réseaux assez puissants pour contourner les lois actuelles.

En parallèle, vous hurlez au scandale quand pôle emploi propose une annonce de strip-teaseuse, en oubliant que pour de nombreuses femmes, accepter cette offre est préférable à bien d’autres boulots précaires.

Vous avez décidé d’engager une guerre contre la prostitution, mais vous avez semble-t-il oublié qu’une guerre ne se fait pas sans victimes. De même que la lutte contre l’immigration n’a jamais été synonyme d’autre chose que d’une lutte contre les immigréEs, vous ne pouvez nier que votre lutte contre la prostitution n’est rien d’autre qu’une lutte contre les prostituées, première victimes de vos « victoires ».

Sommes nous si menaçantes pour vous, lorsque nous travaillons librement et dans de bonnes conditions, que vous sembliez moins souhaiter la disparition de l’exploitation que NOTRE disparition ?

Ne vous sentez-vous donc victorieuse que lorsqu’à force des multiples entraves que vous nous opposez, nous n’avons plus d’autre choix que d’aller nous faire exploiter dans une industrie « respectable » ?
Ne savez-vous donc vous réjouir qu’en empêchant les autres de jouir ?

Nous, travaileurSEs du sexe, refusons d’être les victimes sacrifiées de votre idéal moraliste !
Nous ne cesserons de revendiquer la liberté d’exercer notre activité, et notre droit à l’exercer en toute sécurité !
Parce que nous partageons votre volonté de lutter contre toute forme d’exploitation, nous ne cesserons de réclamer l’accès au droit commun pour les travailleurSEs sexuelLEs, seule manière de nous doter des outils permettant de nous défendre face à toute forme de proxénétisme de contrainte !

NI PATRON, NI PROXO, TRAVAIL SEXUEL LIBRE !

Justice - Communiqué de presse.

Thursday, December 15th, 2011

Le 14 décembre 2011, la Cour d’Appel de Paris, a confirmé le jugement condamnant Mme Henriette Zoughebi, Vice- présidente (PC) du Conseil Régional d’Ile-de-France.

En février dernier, Mme Zoughebi avait été reconnue coupable de diffamation et condamnée à 500€ d’amende avec sursis, 1500 de frais de justice et 1€ de dommages et intérêts au STRASS, le Syndicat du Travail Sexuel. La Cour d’Appel a en outre alourdi cette peine de 500 pour frais de justice.

Sur son blog, Mme Zoughebi s’en était violemment pris aux organisateurs des “Assises de la Prostitution”. Le Tribunal a également ordonné le retrait du texte incriminé, ce à quoi la condamnée s’est toujours soustraite.

Le STRASS salue cette décision, qui rappelle clairement que si la Liberté d’expression doit être respectée et défendue dans le débat sur la prostitution, elle n’autorise personne à diffamer celles et ceux qui défendent les Droits des travailleusES du sexe.

infos :

contact@strass-syndicat.org

Courrier aux Députés

Monday, November 28th, 2011

Paris, le 28 novembre 2011

Madame, Monsieur le Député,

Le 9 juin 2011, la proposition de résolution n° 3522 réaffirmant la position abolitionniste de la France en matière de prostitution a été enregistrée au bureau de l’Assemblée nationale.

Cette proposition de résolution est une conséquence directe du rapport n° 3334 déposé par la mission d’information sur la prostitution  en France, rendu public le 13 avril 2011.

Nous, associations de travailleurs du sexe, de prostituéEs, de prévention, de santé communautaire, de lutte contre le VIH, souhaitons par la présente affirmer notre opposition à l’adoption de cette résolution, qui doit être discutée devant l’Assemblée nationale le 6 décembre 2011, tant en raison de ses motifs que de son dispositif. En adoptant cette résolution, vous accepterez d’exclure un peu plus ces femmes, hommes et transgenres qui, dans un manifeste rédigé en avril 2011, rappelaient qu’ils n’étaient pas des inadaptés sociaux et qu’ils sont des citoyens à part entière.

Cette résolution vise à entériner d’un point de vue juridique, bien que non normatif, les conclusions de ce rapport. Nous contestons l’objectivité des conclusions de ce rapport et le fait qu’il soit défini comme « complet » par ses auteurs.

En effet, depuis avril 2011, nous dénonçons sans relâche les méfaits de la volonté de pénaliser les clients des travailleurs du sexe, mais également la violence des discours qui les disqualifient systématiquement et les considèrent comme des inadaptés sociaux, des aliénés dont la parole ne mériterait pas d’être écoutée.

Sans relâche, et jusqu’à ce que nous soyons entendus, nous continuerons à rappeler que l’absence de reconnaissance de droits aux travailleurs du sexe, la pénalisation du racolage public et du proxénétisme de soutien ont un impact négatif sur l’accès aux droits et aux soins des travailleurs du sexe et plus généralement sur les enjeux de santé publique. La pénalisation de leurs clients renforcera les effets délétères constatés. En effet, cela conduirait inévitablement à plus d’isolement et de clandestinité et constituerait un obstacle supplémentaire tant à l’accès aux structures de soins, de prévention et de dépistage qu’aux actions des associations de santé communautaire, de prévention et de lutte contre le VIH.

Cela a d’ailleurs été très clairement rappelé par le CNS (Conseil National du sida) dans un rapport de septembre 2010 puisqu’il « appelle de ses vœux une action de premier plan pour compenser le retard pris par la France dans l’accompagnement, le suivi et la garantie des droits des personnes prostituées et ceci afin de leur rendre une visibilité et de leur garantir l’accès effectif à la prévention et aux soins »1.

Sans relâche, nous rappellerons que cette volonté de lutter contre la prostitution, quel qu’en soit le coût pour les premiers intéressés, ne favorisera en aucun cas la lutte contre la traite et l’exploitation des êtres humains. Dans un avis de décembre 2010, la Commission nationale consultative des droits de l’homme a estimé que l’isolement accru des travailleurs du sexe, conséquence de la pénalisation de leurs clients, constituerait une entrave de plus à leur accès au droit et à la justice, et que cela ne ferait donc que favoriser l’exploitation et la traite des êtres humains. Ce constat s’appliquerait plus particulièrement aux travailleurs du sexe migrants, dont l’accès aux droits est déjà rendu difficile par l’absence de titre de séjour. Seul le droit au séjour sans conditions pour les victimes de la traite et de l’exploitation des êtres humains ainsi que l’amélioration des conditions d’exercice et de vie des travailleurs du sexe permettraient de lutter efficacement contre la traite et l’exploitation des êtres humains.

Sans relâche, nous rappellerons que les arguments juridiques employés sont erronés. Il est faux de dire que le travail sexuel constituerait une atteinte à la non-patrimonialité du corps humain. Les travailleurs du sexe ne vendent pas leur corps, mais bien un service sexuel. Il n’y a pas non plus esclavage puisque la personne ne s’aliène pas. La seule chose qui est monnayée est la force de travail, comme c’est le cas dans les autres activités.

Il est faux de dire que le travail sexuel porterait nécessairement atteinte à la dignité de toutes les femmes. La dignité ne saurait être définie de manière transcendante par des personnes qui n’exercent pas cette activité. Il s’agit d’un féminisme excluant qui rejette ce qu’il ne saurait intégrer dans son idéologie, d’un féminisme stigmatisant toutes celles qui font des choix différents.
Les signataires de cette proposition de résolution ont préféré croire sur parole les conclusions d’un rapport présenté comme « objectif et complet », alors que la parole des premiers concernés a une nouvelle fois été ignorée. Les associations de santé communautaire et de travailleurs du sexe constituent une infime minorité des personnes auditionnées. Les travailleurs du sexe entendus ne sont plus en activité parce, selon les membres de la mission, il n’est pas possible de croire la parole des travailleurs du sexe en exercice. Les personnalités qualifiées entendues ont largement été sélectionnées afin qu’elles ne contredisent pas les conclusions auxquelles la mission était arrivée avant même de commencer son état des lieux.

La volonté d’abolir la prostitution n’est rien d’autre que la lutte contre les travailleurs du sexe. Nous, associations de travailleurs du sexe, de santé communautaire, de prévention et de lutte contre le SIDA et les IST, nous battrons sans relâche pour que cela soit entendu.

L’adoption de cette résolution serait la porte ouverte à l’adoption d’une loi pénalisant les clients des travailleurs du sexe, qui aurait des conséquences catastrophiques comme l’a été la loi pénalisant le racolage public.

Adopter une résolution n’est peut-être qu’un geste symbolique pour un parlementaire, mais cela constituerait une violence supplémentaire et réelle à l’égard de ceux qui n’en peuvent plus de ne pas être entendus, malgré leurs cris réitérés.

Par ce courrier, nous voulons insister sur notre opposition à l’adoption de cette résolution et rappeler nos revendications.

Nous voulons :

  • Que les travailleurs du sexe soient RÉELLEMENT associés aux politiques publiques en matière de prostitution ;
  • L’abrogation des infractions de racolage public et de proxénétisme de soutien ;
  • Que cesse toute pénalisation des travailleurs sexuels et des personnes qui les aident.

En vous remerciant par avance de l’attention porté à notre courrier, nous vous prions d’agréer, Madame, Monsieur le Député, l’expression de nos salutations respectueuses.

Pour le Collectif Droits et Prostitution
Malika AMAOUCHE
+33.6.08.00.52.91
Cécile LHUILLIER
+33.6.65.64.52.88
Morgane MERTEUIL
+33.6.63.58.45.23

Le présent courrier est co-signé par les associations suivantes :

Acceptess-T

Actup

Aides

A.N.A Avec nos Ainées

A.R.A.P Rubis

ARCAT

Autres Regards

Les Amis du Bus des Femmes

Cabiria

Collectif Droits & Prostitution

Elus Locaux contre le Sida

Entr’Actes

Etudions Gayment

Grisélidis

Le Planning Familial Auvergne

Médecins du Monde

Solidarité Sida

STRASS Syndicat du Travail Sexuel

STS Support Transgenre Strasbourg

Djenbé Rèd !

UNALS Union Nationale des Associations de Lutte Contre le Sida

notes : (1) « Commerce du sexe et VIH. Garantir l’accès universel à la prévention et aux soins », Conseil National du sida, septembre 2010, p. 40. Voir dans le même sens le Plan national de lutte contre le VIH/SIDA et les IST, 2010-2014, http://www.sante.gouv.fr/IMG/pdf/plan_national_lutte_contre_le_VIH-SIDA_et_les_IST_2010-2014.pdf

P.J. : dossier de presse du collectif Droits et prostitution, « Travail sexuel : pourquoi pénaliser les clients est une mauvaise idée ».

Fadela s’en fout

Friday, October 21st, 2011

Ce mercredi 19 octobre 2011 a été lancé, dans l’amphithéâtre Caroli de l’hôpital Saint-Antoine, le nouveau cycle de conférence, intitulé « Urgence républicaine », de l’association « Future, au féminin » et du think tank « Des femmes au service de l’Homme ».

Pour cette première conférence-« débat » (qui relevait plus de la conférence de presse déguisée que du débat), Lydia Guirous (fondatrice-présidente de l’association) a accueilli Marie (étudiante en licence de droit à Paris et prostituée), Fadela Amara (co-fondatrice du mouvement Ni Pute Ni Soumise et ex-secrétaire d’État à la politique de la ville) et le professeur Charles Sigfred Peretti (chef du service de psychiatrie de l’hôpital Saint-Antoine).

Devant l’objectivité douteuse et la mise en scène évidente de cette présentation, le STRASS s’est invité.

Lydia Guirous nous a présenté son bébé en tirant « avec un grand cri la sonnette d’alarme parce qu’aujourd’hui ça suffit ! ».

Elle a très brièvement exposé l’idéologie qui se profile quand une étudiante devant travailler pour financer ses études rencontre trois opportunistes : une féministe échaudée, une politicienne éconduite et un psychiatre phatique.

Marie doit effectivement travailler pour financer ses études et l’on peut légitimement dénoncer le manque de crédits accordés à l’enseignement supérieur, la précarité des étudiantEs, la vétusté des campus, la mauvaise gestion des ressources humaines, etc. Mais là n’était pas l’objet de cette « conférence-débat ».

Il se trouve que Marie a « choisi la prostitution » comme activité.

Les intervenantEs y voient un drame national, un « fléau », pour reprendre le terme employé par Fadela Amara et dont la proximité avec les ordonnances de 1960, qui qualifient les tuberculeux, les homosexuels, les prostituéEs et les alcooliques de fléaux sociaux, ne peut qu’inquiéter.

Ne masquant ni son moralisme, ni son mépris, madame la Ministre n’a pas semblé s’inquiéter du fait que le problème était la précarité des étudiants et non le travail sexuel, puisqu’elle a publiquement affirmé : « vous voulez que je vous dise franchement, je m’en fous des prostituéEs ! Si vous le faites pour prendre votre pied, c’est votre problème ».

Fort de son expertise autoproclamée, le professeur Peretti a pu asséner tout un tas de pseudos-vérités, telles que le fait que l’exercice du travail sexuel était une « addiction indigne et honteuse », que cela consistait à « tourner le dos à l’émancipation », équivalait à une « perte de liberté », qu’il s’agissait de « monnayer son corps » et que l’argent qui en résultait était de « l’argent sale ». Allant jusqu’au bout de son mépris, il a pu affirmer que si Marie avait besoin d’argent pour financer ses études, elle n’avait qu’à « travailler ».

Respectant les règles du débat contradictoire, le STRASS est intervenu au stade des questions pour souligner que la conquête de la liberté ne pouvait passer que par la reconnaissance de droits aux travailleurs du sexe, que la violence ne résidait pas dans le travail sexuel, mais bien dans les discours qui visaient à expliquer à quel point cette activité était nocive, que s’il pouvait y avoir un problème d’estime de soi, cela n’était que le fruit des discours stigmatisants et victimisants qui désignaient les travailleurs du sexe comme des mineurs, ainsi qu’à la réglementation qui rendait l’exercice du travail sexuel difficile. À ce stade, la violence symbolique du discours est devenue bien réelle puisque les organisateurs se sont empressés de nous interrompre, de tout faire pour nous empêcher de prendre la parole, allant jusqu’à nous inviter à quitter la salle.

Le STRASS s’indigne de la récupération d’un problème de société réel – la précarité des étudiantEs – pour lutter contre le travail sexuel et ceux qui l’exercent, tout comme de la récupération des travailleurSEs du sexe par ces grossistes en prêt-à-penser.

Dans tous les événements publics, nous n’aurons de cesse de rappeler que le problème n’est pas le travail du sexe, mais bien la pathologisation et la victimisation des travailleurSEs du sexe, l’instrumentalisation de leur parole quand elle n’est pas purement et simplement niée.

Dans tous les événements publics, nous n’aurons de cesse de rappeler que la violence ne vient pas du travail sexuel, mais de la réglementation qui l’entoure et du regard porté dessus par les idéologues, les moralisateurs-trices de tout bord.

Les petites frustrations de Mme Bousquet ne légitiment pas son mépris des droits humains fondamentaux

Sunday, September 4th, 2011


Dans le cadre du débat sur la pénalisation des clients de prostituéEs, Mme Bousquet et Mr Geoffroy nous avaient déjà habituéEs à des propos diffamants et criminalisants à l’égard des personnes ayant recours à des services que nous, travailleurSEs du sexe, leurs proposons en toute conscience.

Dans une interview accordée à France Soir, parue ce 30 août, nous avons eu le regret de constater que leur mépris de nos (potentielLes) clientEs est plus que jamais présent en cette rentrée. En revanche, nous avons été satisfaitEs de la confirmation, par la principale intéressée, d’une hypothèse que nous n’osions émettre publiquement jusqu’ici : si Mme Bousquet profère si souvent de si abjects propos, c’est tout simplement parce que, comme nous le pensions, elle est « frustrée » !

À la question de France Soir lui demandant sa position sur l’accompagnement sexuel pour les personnes handicapées, la réponse de Mme Bousquet fait non seulement preuve d’un manque certain d’empathie, digne de la droite la plus réactionnaire, mais en outre ne manque pas de cynisme :

« Je suis contre. Moi, je souhaiterais être grande et mince, j’en suis frustrée, c’est ainsi. La vie est faite de frustrations. Les clients doivent l’accepter. Si l’on ne peut pas avoir de sexualité sans payer quelqu’un car on est handicapé, c’est triste, mais c’est ainsi. »

Le fait que Mme Bousquet ose comparer ses petites frustrations esthétiques aux souffrances vécues par des milliers de personnes n’étant physiquement pas en mesure de disposer librement de leur propre corps relève à la fois d’un égocentrisme effrayant et d’un profond mépris pour la souffrance d’autrui. Profitons-en pour rappeler que l’accompagnement sexuel désigne un ensemble de pratiques ayant pour but essentiel de réconcilier une personne avec son corps en général et avec sa sexualité en particulier, notamment lorsque le handicap devient un obstacle physique à la satisfaction de ses propres désirs sexuels.

Surtout, ces propos révèlent l’ignorance de Mme Bousquet, ou son volontaire piétinement, de droits humains pourtant reconnus comme fondamentaux.

En 2003 encore, comme depuis des décennies, l’OMS réitérait la recommandation suivante :

« Afin d’atteindre et de maintenir la santé sexuelle, les droits sexuels de toutes les personnes doivent être respectés, protégés et assurés. ».

Rappelons également que dans la pyramide des besoins fondamentaux établie par Virginia Henderson, et enseignée aux futurEs infirmierEs, se trouve celui de « vivre pleinement ses relations affectives et sa sexualité ».
Enfin, et n’en déplaise aux féministes prohibitionnistes, les droits sexuels ont également fait l’objet en 2009 d’une déclaration de l’IPPF (Fédération Internationale des Plannings Familiaux)

Nous sommes désoléEs pour Mme Bousquet que le droit à être grande et mince n’ait pas été reconnu comme fondamental pour la santé. Mais parce que nous pensons que la société (et donc, les partis politiques) doit offrir d’autres réponses à la souffrance que la seule frustration, nous continuerons à revendiquer notre liberté de disposer de notre corps en tant que travailleurSEs sexuelLes, le droit pour touTEs de recourir à nos services, ainsi que la reconnaissance des pratiques professionnelles qui peuvent aider une personne à se sentir mieux dans son propre corps par le biais de la sexualité.

Débat sur LCP La Chaine Parlementaire

Thursday, April 14th, 2011
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Communiqué de L’Union Nationale des Associations de Lutte contre le Sida (UNALS) et Act Up-Paris

Tuesday, April 5th, 2011

Pénaliser les clients nuit gravement à la santé des prostituéEs

Ce 30 mars 2011, Roselyne Bachelot-Narquin, ministre des Solidarités et de la Cohésion Sociale, s’annonçait « très solennellement » « favorable à la pénalisation des clients » des travailleurSEs du sexe.

Cette mesure est l’objectif affiché de la « Mission d’information parlementaire sur la prostitution en France » dont le rapport est attendu pour le 13 avril. Reniant sa fonction initiale d’analyste objective, cette mission s’avère être un outil permettant à Danielle Bousquet (PS, présidente) et Guy Geoffroy (UMP, rapporteur) d’atteindre leur objectif obsessionnel : la pénalisation du client.

Au mépris de la parole et de l’expertise des premierEs concernéEs, après des auditions qui n’ont servi que de caution démocratique, la ministre a affirmé qu’« il n’existe pas de prostitution libre et consentie » chantant les louanges de l’« exemple suédois », qui amènerait, selon elle, une « diminution de la prostitution et des réseaux de traite des femmes ».

Roselyne Bachelot-Narquin prend donc fait et cause pour une mesure supplémentaire en faveur de la dégradation des conditions de travail des sexworkers, de leur paupérisation et surtout de leur exposition accrue à des IST.

Dès 2002, travailleurSEs du sexe, associations de santé communautaire et associations de lutte contre le sida ont alerté des conséquences désastreuses de la mise en place du délit de racolage passif. Huit ans plus tard, le bilan est tel que nous l’avions prédit : les travailleurSEs du sexe se sont éloignées des structures de prévention, de dépistage et de soins. Les violences à leur encontre et le harcèlement policier ont augmenté et leurs ressources se sont réduites. Cela les oblige à travailler davantage et les incite à céder aux exigences de rapports non-protégés.

S’obstinant à privilégier moralisme et électoralisme au détriment des questions de santé publique, des politiques de tous bords s’entendent aujourd’hui sur une énième législation répressive, cette fois-ci à l’encontre des clientEs. Les conséquences seront identiques : un accroissement de la mobilité et de l’isolement des sexworkers, afin de soustraire leurs clientEs aux contrôles et de pouvoir exercer, une diminution de la clientèle et donc des revenus.

Ancienne ministre de la Santé, Roselyne Bachelot-Narquin est censée maîtriser le volet « santé » de la question du travail du sexe. C’est sous son ministère que les acteurs de la lutte contre le SIDA ont élaboré le « Plan National de Lutte contre le VIH/SIDA et les IST 2010/2014 », qui admet les effets néfastes de la LSI et recommande notamment de « favoriser et adapter l’accès à la prévention » des travailleurSEs du sexe, et de « communiquer et agir auprès des clients ».

C’est sous son ministère également que le Conseil National du sida a rendu son avis « VIH et commerce du sexe : un état des lieux alarmant » , qui fait état de « politiques publiques contradictoires », de « cadre législatif défavorable, peu conforme aux droits des personnes », et préconise de « renforcer les droits ». Sans oublier qu’en 2008, lors de la conférence internationale sur le Sida à Mexico, Roselyne Bachelot-Narquin insistait sur l’importance des actions de prévention auprès des populations les plus vulnérables, comme les TravailleurSEs du Sexe. Elle employait ce terme dans son communiqué et le remplace aujourd’hui par celui de « victimes ».

Même sous l’angle des Solidarités et de la Cohésion Sociale dont elle est désormais en charge, le soutien de Roselyne Bachelot-Narquin à la pénalisation des clients des prostituéEs est inique.

Refuser obstinément des droits et un statut à une minorité, au mépris de la santé publique n’est pas un acte solidaire ou social. S’entêter dans le tout répressif n’a rien de socialement cohérent.

La pénalisation des clients est une mesure criminelle. Quand les contaminations VIH et IST augmenteront chez les travailleurSEs du sexe, Roselyne Bachelot-Narquin ne pourra pas dire qu’elle ne savait pas.

Les féministes doivent soutenir et inclure les travailleuSEs du sexe

Tuesday, February 8th, 2011

Compte rendu de la réunion avec Osez le féminisme.

Le mercredi 19 janvier 2011 au soir, trois militantEs du STRASS se sont renduEs à la « formation » et au débat organisé par Osez Le Féminisme (OLF).

Bien que les organisatrices pensent qu’elles ont tenu un débat de qualité ouvert et respectueux de la parole de chacune, nous ne partageons pas le même sentiment. Si en effet, nous avons eu le droit à trois minutes par tour de parole, nous avons également eu droit à une heure de « formation » au préalable de la part de Caroline De Haas (CDH) à laquelle nous n’avons pas pu répondre dans les détails étant donné notre temps de parole limité, et étant dans une position minoritaire parmi les membres de la salle. La conclusion a ensuite été faite de nouveau par les organisatrices qui ont bien tenu à diriger le débat dans le sens qu’elles avaient décidé, à savoir la préparation d’une prise de position par OLF en faveur de la pénalisation de nos clients.

Notre parole a tout le long du débat était réduite au statut de témoignage individuel non représentatif, tandis que les organisatrices se positionnaient en tant qu’expertes qui avaient lu sur le sujet. Elles ont bien expliqué que le fait de ne pas être prostituée ne les empêchait pas de pouvoir s’exprimer et d’avoir une analyse sur la prostitution, faisant des comparaisons en disant qu’on n’avait pas besoin d’être noir pour être contre le racisme ou pas besoin d’être une femme pour être contre le sexisme, etc. Certes, elles peuvent ne pas être travailleuses du sexe pour avoir une opinion contre le travail sexuel. Le problème c’est que tout le monde a le droit apparemment d’avoir une opinion sur le travail du sexe sauf les travailleurs du sexe eux-mêmes dont la parole n’est que rarement reprise politiquement et jamais considérée comme une parole d’expert.

Pour nous, la prise de parole à la première personne est à la fois un acte politique et un principe féministe et progressiste parce que nous croyons que l’émancipation des travailleurs du sexe est l’œuvre des travailleurs du sexe eux-mêmes. Par exemple, les hommes ont le droit d’avoir une opinion sur le sexisme, mais nous nous demandons comment OLF réagirait si elles se retrouvaient dans une salle pleine d’hommes avec seulement trois femmes dans la salle qui auraient droit à trois minutes par tour de parole, et que les hommes à la tribune leur faisaient une « formation » sur le sexisme, et leur expliquaient qu’ils s’opposent à la reconnaissance du travail des femmes afin de les protéger contre l’exploitation et la violence.

Parce que de nombreuses contre-vérités ont été dites durant notre « formation », nous aimerions interpeller nos formatrices maintenant que nous avons plus de trois minutes pour les exposer et leur répondre. Beaucoup de chiffres ont été avancés sans que nous sachions toujours comment ils ont été fabriqués. Mais simplement parce qu’après des années de lobby intensif certaines organisations internationales les reprennent, ils deviennent soudainement des arguments d’autorité.

Nous avons eu droit à des chiffres sur le nombre de travailleurs du sexe dans le monde et en France bien qu’il n’existe aucun moyen de nous comptabiliser. Nous avons déjà expliqué comment les chiffres en France sont construits par la police en s’appuyant uniquement sur les arrestations qui visent en priorité les étrangères travaillant dans la rue et comment l’amalgame entre immigration et traite permet de mieux expulser. Or, les leaders d’OLF choisissent de reprendre ces chiffres.[1]

Nous avons eu droit à un chiffre sur l’âge moyen d’entrée dans la prostitution dans le monde sans aucune comparaison avec l’âge d’entrée moyen dans le travail en général comme si le travail des enfants dans le monde n’était pas une chose courante. Or, c’est seulement lorsqu’il s’agit du travail sexuel, que le travail des enfants devient un argument pour interdire toute une profession, y compris pour les adultes consentants que nous sommes. Nous refusons cet amalgame et nous pensons que ce n’est pas en lutant contre le travail sexuel qu’on réduira le problème du travail des enfants.

Nous avons appris ensuite qu’il y aurait entre 3000 et 8000 enfants prostitués en France. Pourtant, en 2005, il est dénombré 60 jeunes filles et 4 garçons de moins de 18 ans sur les 1 200 personnes prostituées identifiées dans des procédures. En outre 7 mineurs figurent parmi les 895 personnes mises en cause pour proxénétisme en 2005. Pour Paris, les données produites par la Police nationale font état de 55 cas de prostitution de mineurs, une moitié de nationalité française (24 filles et 4 garçons), une autre moitié de nationalité roumaine (27 personnes mineures). Selon l’aide sociale à l’enfance, 0,1% des 1188 mineurs ont été signalés pour « réseau de prostitution » par les services éducatifs auprès des tribunaux. Seuls 15 mineurs en situation de prostitution sont enregistrés en 2005.[2]

Tandis que nous ne savons pas combien de travailleurs du sexe nous sommes réellement en France, CDH déclare que 85 à 90% d’entre nous aurions un proxénète, et que 80% d’entre nous aurions été victimes de viol. Pour le prouver, elle nous cite entre autres un rapport Raymond sur une étude comparative de la prostitution dans 5 différents pays qui montrerait l’impact de ces violences sur les prostituées et de la nécessité de les exposer. En réalité, ce rapport a été écrit non pas par Janice Raymond mais par Melissa Farley et ce rapport ne concerne de toute façon pas la France. Farley est par ailleurs discréditée dans le monde scientifique anglo-saxon pour avoir mené des interviews de prostituées dans des centres psychiatriques afin de prouver que l’immense majorité des prostituées souffrent de troubles psychiatriques post-traumatiques. Dans la même logique, « nos formatrices » vont même jusqu’à nous expliquer que 100% des prostituées qui appellent les centres d’appel contre le viol le font suite à un viol. L’intérêt de ces chiffres de toute façon invérifiables, c’est surtout de nous enfermer dans un statut de victime par essence pour confisquer notre parole et accuser de non-légitimité et de non-représentativité toute parole pute qui leur serait contradictoire.

CDH pour nous expliquer que la légalisation du travail sexuel serait un échec nous cite ensuite plusieurs exemples de pays étrangers sans même faire de distinction entre les régimes de légalisation, de dépénalisation et de pénalisation préférant parler de systèmes d’abolitionnisme, prohibitionnisme et réglementarisme qui par les exemples ensuite donnés portent complètement à confusion puisqu’un système comme la Suède où les clients sont pénalisés est décrit comme abolitionniste plutôt que prohibitionniste. Le travail sexuel en tant que tel étant déjà légal en France et les revendications des travailleurs du sexe ne correspondant pas aux modèles de ces pays, cela ajoute à la confusion.

CDH cite par exemple le Maire d’Amsterdam qui tente de se débarrasser d’une partie de son quartier rouge en instrumentalisant la question de la traite et du travail des enfants. Il ne lui vient pas à l’esprit bien entendu les spéculations financières autour des prix de l’immobilier et la pression des riverains. Ces déclarations politiques n’ont donné pour seul changement législatif qu’une plus grande restriction de la migration, et en termes pratiques, uniquement un rachat à plus bas prix de biens immobiliers.

CDH explique ensuite que la légalisation du travail sexuel en Allemagne a amené une augmentation de 70% de la traite des femmes. Or ces chiffres correspondent à l’augmentation des moyens policiers alloués à la lutte contre la traite mais ne reflète en aucun cas celui du nombre de victimes de la traite identifiées par la police et qui sont les suivant :

2000 – 926 victimes

2001 – 987 victimes

2002 – 811 victimes (Année de la légalisation)

2003 – 1235 victimes

2004 – 972 victimes

2005 – 642 victimes

2006 – 775 victimes

2007 – 689 victimes

2008 – 676 victimes

2009 – 710 victimes[3]

Au sujet de l’Allemagne encore, CDH nous affirme comme vérité absolue le fait que les chômeuses allemandes peuvent perdre leurs allocations si elles refusent un emploi de travailleuse du sexe. Cette rumeur a pour origine un article du Tageszeitung daté du 18 décembre 2004 “Ein Job wie jeder andere”[4] qui émet l’idée d’une possibilité technique de perte de ses droits après un refus de travail incluant des services sexuels à la suite de la récente loi légalisant le travail du sexe en 2002. Dans cet article, l’auteur estime qu’il y a pu y avoir des cas isolés mais n’apporte aucune preuve de tels faits. Des représentants de l’équivalent de l’ANPE allemande interviewés précisent qu’ils n’ont jamais eu de telles annonces car les agences ont leur propre service de recrutement. Un porte-parole du bureau du travail déclare en addition qu’on ne peut pas intervenir dans ce secteur à cause du fait que l’obligation à un tel travail violerait différents droits.

L’information est reprise par Clare Chapman dans le Telegraph du 30 janvier 2005 sous le titre “If you dont take a job as a prostitue, we can stop your benefits” avec une nouvelle version. L’article raconte ici l’histoire d’une berlinoise de 25 ans n’ayant pas été identifiée pour des raisons légales, qui risque de perdre ses allocations. Elle souhaite travailler dans un bar de nuit et se voit proposer un poste dans un bordel. Chapman explique que les agences d’escortes peuvent passer des annonces dans les registres de l’ANPE, que la loi allemande oblige toute femme de moins de 55 ans n’ayant pas travaillé pendant plus d’un an d’accepter un travail incluant ceux de l’industrie du sexe. Le gouvernement allemand ne pouvant pas distinguer suffisamment correctement les bordels des bars de nuit, les agences pour l’emploi seraient donc contraintes de traiter ces annonces de la même façon que les autres. Cependant le lecteur appréciera les différences entre le premier article du journal de Berlin et sa traduction des faits en anglais dans celui du Telegraph qui est depuis utilisé par les opposants à la législation allemande.[5]

CDH nous a parlé ensuite de l’impact de la légalisation du travail sexuel en Australie, oubliant que l’Australie est un Etat fédéral et que chaque Etat a des lois différentes sur le travail sexuel. Mais qu’à cela ne tienne, le nombre de contaminations au VIH en Australie aurait doublé depuis que le pays aurait légalisé la prostitution. Les premières lois de décriminalisation dans certains Etats ont eu lieu à partir de 1979 comme en Nouvelles Galles du Sud et ont continué dans les années 1980 et 1990 dans d’autres Etats tandis que la loi est restée la même dans les Etats de la côte ouest. Pourtant, les travailleurs du sexe en Australie jouissent d’une santé sexuelle meilleure que la population en général et ont un faible taux de VIH / sida. Les travailleurs du sexe en Australie font aussi état de taux très élevé d’utilisation du préservatif.[6]

Dans le contexte australien aucun cas de transmission au VIH d’une travailleuse du sexe vers un client ou d’un client vers une travailleuse du sexe n’a été documenté au moins jusqu’en 1997.[7] Mais il suffit en effet après cette période d’un seul cas de contamination et d’une mauvaise interprétation des règles mathématiques pour parler malhonnêtement de 100% d’augmentation qui sera traduit ensuite par un doublement des cas. De 1992 à 1997 l’information fournie par la Clinique metropolitan sexual health indique que le taux de prévalence VIH est resté bas parmi les femmes s’identifiant comme travailleuses du sexe autour de 0.1%[8] Les travailleurs du sexe rapportent aussi des taux aux IST inferieurs à ceux de la population générale. Par exemple en 1989 une étude de la Clinique Brisbane Special dans le Queensland conclut que le risque relatif pour une travailleuse du sexe de développer une IST était deux fois moins que celui pour les autres femmes visitant la clinique.[9]

L’expérience australienne indique que la dépénalisation ou la légalisation de la prostitution a créé un climat dans lequel la grande majorité des travailleurs et travailleuses du sexe peuvent accéder aux services sociaux et de santé et créé des conditions de travail sécurisantes pour eux-mêmes, tandis que la pénalisation permet à la police d’arrêter les travailleurs du sexe et de confisquer leurs préservatifs pour les utiliser comme preuve afin de caractériser le délit.

CDH a ensuite pris en modèle la Suède où la prostitution aurait soit disant diminué. Or, en Suède comme en France, seule la prostitution de rue est prise en compte et aucun élément ne permet de dire que la prostitution dans son ensemble aurait réellement diminué quand les scènes de prostitution ont très bien pu se déplacer à la suite de la pénalisation des clients et de l’essor de l’usage d’Internet depuis la loi de 1999.

D’après nos collègues de Suède[10], leur pays est loin d’être un paradis féministe. Depuis que la prostitution a officiellement disparu, il n’y a plus aucune association de santé communautaire pour aller distribuer des capotes dans les rues. Ce serait ‘encourager la prostitution’ quand il faut lutter contre. Même chose sur les drogues, la Suède est contre la réduction des risques et tout comme ce sont les putes qui se distribuent des capotes entre elles, ce sont les usagers de drogues qui organisent l’échange de seringues.

La Suède c’est le pays où on criminalise la transmission du VIH ou sa potentielle transmission.
Les putes suédoises, qui sont censées ne pas être criminalisées car victimes, vont quand même en prison quand elles sont séropos car elles mettraient en danger la vie des autres, et ce, même si elles utilisent des capotes. Tandis que le cas de Julian Assange soupçonné de viol fait grand bruit, le taux de condamnation pour viol reste très bas malgré des lois dites pour protéger les femmes.

En Suède, on retire la garde des enfants aux putes car elles représenteraient un risque et une mauvaise influence. Les travailleurs du sexe continuent d’être imposés fiscalement sur leurs revenus même si le travail sexuel n’est pas reconnu comme travail. C’est un pays où il n’y a aucune donnée scientifique sur la prostitution, seulement des estimations. Officiellement 100% des prostituées de Suède sont victimes de la traite car il ne peut y avoir de ‘prostitution choisie’. Or, depuis la loi de pénalisation des clients censée lutter contre la traite des femmes, seulement un cas de victime de traite a reçu le droit d’asile en Suède, tandis que les autres comme tous les travailleurs du sexe migrants sont expulsées.

La Suède est un pays où les travailleurs du sexe n’ont pas le droit d’être consultés sur les lois qui les concernent, certes comme en France, mais c’est la ministre de la Justice Beatrice Ask qui le dit explicitement au Parlement car contraire aux valeurs du pays. C’est un pays où contrairement à ce qui est souvent dit, les putes ne reçoivent aucune aide sociale mais seulement un ‘accompagnement psychologique’ pour leur dire qu’elles sont victimes et que ca fait du bien de pleurer, et cette « aide » est conditionnée au fait d’arrêter le travail du sexe.

C’est un pays où les discriminations et le stigma sont plus forts car nous n’y sommes perçus que comme des cas sociaux. C’est un pays où son image peut être rendue publique dans les medias suite aux grandes opérations policières anti-clients auprès des medias et malgré le fait que nous y soyons censées être des victimes à protéger. C’est un pays où on peut perdre son emploi, son logement, ses amis etc juste après avoir été outée comme pute et ce sans recours légal.

C’est un pays où il faut se cacher dans des endroits dangereux pour rencontrer ses clients et où le prix des passes a diminué. C’est un pays où il vaut mieux ne pas contacter la police après une agression lors de son travail car on se retrouve surveillé et on perd ses clients. C’est un pays où la violence contre les putes a augmenté.

La Suède est tout sauf un pays où les putes ne sont pas pénalisées. C’est un pays prohibitionniste qui refuse de reconnaitre les droits humains des travailleurs du sexe car comment reconnaitre des droits à des personnes qui sont censées ne plus devoir exister? C’est exactement ce que l’une d’entre nous s’est vu répondre quand elle a demandé quel sera l’impact sur les revenus des putes si nous avons moins de clients suite à la pénalisation. Une personne de la salle lui a dit : « Mais il n’y aura plus de putes ».

CDH a même cité l’Inde où les prostituées seraient soit disant organisées sur des positions abolitionnistes alors que le syndicat Durbar avec plus de 60.000 membres revendiquent la décriminalisation du travail sexuel, la reconnaissance du travail sexuel comme un travail et l’autodétermination des travailleurs du sexe comme toutes les organisations de travailleurs du sexe à travers le monde qui se sont développées depuis les années 1970.

Au delà des chiffres, CDH nous énonce les principes d’OLF qui seraient en contradiction avec la prostitution : la dignité humaine, le refus de la marchandisation du corps et le féminisme. Pour nous, ces principes ne sont que des formules toutes faites. Nous concevons notre dignité humaine autrement et si nous comprenons que l’usage de son corps et de sa sexualité et son rapport à l’intime peuvent avoir des significations différentes selon les individus, nous considérons que cela devrait nous regarder nous-mêmes en priorité selon cet autre principe féministe qu’est la libre disposition de son corps.

Quelque soit le travail que nous faisons, notre corps est toujours marchandé et mis à disposition du capital. Le consentement au travail n’est pas le désir de travail. En ce sens, nous sommes d’accord avec CDH pour dire que le travail n’est pas la liberté. Pourtant, personne ne préconise de criminaliser le travail ou de refuser des droits aux travailleurs afin de dénoncer les horreurs du travail que sont l’exploitation et les violences car tout le monde comprend bien que la prohibition empirerait ces problèmes au lieu de les résoudre.

OLF a pour principe que la sexualité doit se dérouler dans la réciprocité du désir et prend le risque de mettre en parallèle l’absence de désir avec l’absence de consentement. Nous pensons que cela créerait un précédent dangereux car depuis la dépénalisation de l’homosexualité en 1981, l’Etat cesse d’intervenir dans la sexualité entre adultes consentants. La pénalisation de nos clients serait ainsi un retour en arrière et impliquerait que tels des mineurs de moins de 15 ans nous ne serions pas capables d’exprimer notre consentement éclairé.

Cette infantilisation, cette réduction au statut de mineurs, c’est exactement ce dont les femmes ont souffert quand leur était déniée l’égalité des droits. C’est parce qu’on estimait qu’elles ne pouvaient exprimer leur propre volonté et qu’elles étaient trop influençables hier par l’Eglise, aujourd’hui par des proxénètes, que le droit de vote était refusé ou le racolage pénalisé. Quand CDH dit que la prostitution renvoie le message que les femmes seraient sexuellement à disposition des besoins irrépressibles des hommes, c’est encore renforcer cette vision paternaliste que les travailleuses du sexe ne seraient pas capables de dire non, et se verraient imposer par l’argent la volonté de leur client.

L’argent peut révéler en effet un rapport de domination, mais la transaction économique en tant que telle ne veut pas toujours dire que celui qui paie a du pouvoir sur l’autre. Quand on consulte un psychologue ou un médecin que l’on doit payer souvent très cher, nous ne sommes pas forcément en position de domination sur ce professionnel. On peut être pute et dire non à un client, imposer ses pratiques, ses tarifs, et le port du préservatif. On peut même être pute et être féministe.

C’est sans doute ce qu’il fut le plus violent à entendre dans ce débat. Nous nous sommes retrouvées non plus en position de victimes mais en celles d’accusées, de complices du patriarcat. Une personne dans la salle allant même jusqu’à utiliser l’expression « armée de réserve du patriarcat » pour nous désigner. L’existence de la prostitution, nous dit on, aurait des conséquences sur toutes les femmes en termes de violences, de domination, de pressions sexuelles de la part des hommes. Florence Montreynaud des Chiennes de Garde nous a expliqué qu’un homme marié dont la femme refuse d’avoir des rapports sexuels peut toujours se diriger vers une prostituée au lieu de tenter de séduire sa femme à nouveau et de renouer le dialogue dans le couple pour essayer de la comprendre.

Les putes se retrouvent ainsi divisées en deux groupes : celles victimes qui ne peuvent s’exprimer par elles-mêmes, dont ce n’est pas la faute et qu’il faut absolument sortir de là par tous les moyens, et les égoïstes libérales minoritaires non-représentatives qui normaliseraient des rapports de domination par simple appât du gain ou par naïveté et mauvaise interprétation de ce que serait réellement la libération des femmes.

Cela revient à porter la culpabilité des violences contre les femmes sur d’autres qui n’en sont pas responsables. Au lieu de voir les putes qui refusent d’arrêter le travail sexuel comme un encouragement fait aux hommes de traiter les femmes comme des putes, pourquoi ne pas plutôt se battre pour exiger que les putes comme toutes les femmes soient respectées, et ainsi le stigmate de putain ne pourra plus être une arme contre nous toutes ?

Rien n’est fait pour lutter contre les vrais problèmes de violences, d’exploitation etc qui demeurent même après qu’on ferme les yeux et qu’on fait comme si la prostitution avait disparu soudainement dans le parfait pays devenu soit disant féministe.

Rien n’est par exemple fait pour lutter contre les vrais viols. Quand on est pute, la police n’enregistre que rarement les plaintes. Et dans ces cas là, il n’y a aucune féministe derrière nous pour nous aider. En fait, on s’entend dire parfois que le seul moyen d’éviter les violences c’est d’arrêter le travail sexuel, comme si nous les méritions.

Pénaliser les clients c’est punir les hommes qui respectent le contrat, qui respectent nos règles. Pendant ce temps les vrais violeurs eux continuent de sévir mais ca n’intéresse personne. Rien n’est fait pour lutter contre l’exploitation et la pauvreté ou contre les contrôles migratoires qui créent la traite des êtres humains en forçant les migrants à passer par des réseaux clandestins. Ce n’est pas la demande pour le sexe qui crée la traite. Le client au contraire pourrait être un allié. Pour l’instant c’est encore le seul qui peut alerter la police sans prendre le risque de se faire condamner ou expulser. Dans certains pays il y a des lignes d’appel gratuites pour les clients afin qu’ils contactent la police s’ils suspectent un problème.

La notion de travail ne veut pas dire que l’on nie l’exploitation ou la violence mais que l’on peut utiliser les droits acquis par les mouvements de travailleurs et enfin devenir de vrais citoyens. Nous ne sommes pas rien, nous ne sommes pas des cas sociaux, ni des victimes au sens où l’on pourrait nous réduire à un rôle de témoignage individuel qui n’aurait aucune valeur politique, comme si nous ne détenions aucune expertise sur nous-mêmes et notre propre condition. Etre un travailleur ça veut dire que nous faisons partie de la classe ouvrière et que nous pouvons faire des alliances avec d’autres en tant qu’égaux. Nous ne voulons plus être en position de personnes que l’on aide et qui doivent se réinsérer dans la société mais en positon d’acteurs et actrices qui ont le droit de transformer la société et d’être politiques. Pour nous, c’est ça être féministe.

[1] http://www.lemonde.fr/idees/article/2010/06/02/combien-de-travailleurs-du-sexe-sommes-nous-par-thierry-schaffauser_1366353_3232.html

[2] O’Deye A., Joseph V., La prostitution des mineurs à Paris, Données, acteurs et dispositifs existants, rapport final, op. cit.

[3] http://www.bka.de/

[4] http://www.taz.de/index.php?id=archivseite&dig=2004/12/18/a0077

[5] http://www.snopes.com/media/notnews/brothel.asp

[6] http://www.scarletalliance.org.au/library/saunders99

[7] Harcourt 1997

[8] Annual Surveillance Report, 1997: 20

[9] Harcourt, 1994: 217

[10] http://www.rosealliance.se/

Décriminalisez entièrement le travail du sexe

Wednesday, December 15th, 2010

En France, officiellement, le travail du sexe est légal. Ce qui est illégal est le racolage ainsi que le proxénétisme, y compris le proxénétisme de soutien, qui ne criminalise ni la violence ni la coercition mais tout acte d’aide à la prostitution, même entre prostitués.

Cela signifie concrètement que le travail du sexe bien que soumis à l’impôt, n’est pas considéré comme un travail, mais comme de la prostitution, une activité tolérée, réduite à la sphère privée, et dont celles et ceux qui fournissent le service sexuel, sont toujours considérés comme inadaptés sociaux depuis les ordonnances de 1960 qui faisaient également de la tuberculose, de l’alcoolisme et de l’homosexualité des fléaux sociaux.

Si nous pouvons donc vendre des services sexuels, ou plutôt si nous pouvons avoir des amants qui nous donnent de l’argent, nous n’avons pas le droit de passer de petites annonces, de racoler nos clients dans la rue, de louer un endroit pour travailler, de nous prêter l’usage d’une camionnette, ou de tout autre acte de solidarité entre nous, sans reconnaissance de droits en tant que travailleur ou de citoyen puisque les discriminations et dénis de droits de la part de la police, de la justice et de l’administration sont nombreux.

Beaucoup a été dit sur la volonté du gouvernement de nettoyer au Kärcher les rues de notre présence pour assurer la “tranquillité publique”, ou d’utiliser la lutte contre le racolage comme moyen de lutter contre l’immigration. Or, l’argument principal justifiant la criminalisation des travailleurs du sexe, eux et elles-mêmes, est de deux ordres : il s’agirait de porter un coup aux profits de nos soi-disant proxénètes en décourageant l’activité de prostitution, et de nous diriger (de force) vers les associations travaillant à notre réinsertion sociale. En effet, lorsque nous sommes arrêtés pour racolage, nous sommes fortement conseillés par la police de nous rendre auprès d’associations travaillant avec et pour l’Etat et qui conditionnent pour la plupart leur “aide” à l’arrêt de la prostitution.

SYSTÈME ABOLITIONNISTE

Nous sommes donc depuis plus de cinquante ans dans un système abolitionniste, qui souhaite la disparition de la prostitution, officiellement sans s’attaquer aux travailleurs du sexe, mais qui dans les faits continue de nous criminaliser et nous réduit à un statut de non-citoyen, n’ayant pas la capacité de décider pour lui-même du bienfondé de ses actes et dont l’Etat a à sa charge la réinsertion sociale.

Les deux points justifiant notre criminalisation, même indirecte, reposent pourtant sur une méconnaissance des réalités de notre travail. La notion de proxénétisme est en effet floue puisqu’elle inclut légalement des actes qui ne correspondent pas aux descriptions de violence et d’abus. En lisant attentivement chaque cas régulièrement cité dans la presse de faits divers, la majorité des condamnations pour proxénétisme se porte bien plus contre les travailleurs du sexe que sur les personnes exploitant notre travail.

Aussi, en criminalisant l’organisation du travail sexuel, le racolage, ou le proxénétisme hôtelier, sous prétexte d’empêcher notre exploitation, nous nous retrouvons à devoir accepter les règles du marché noir, sans régulation ni protection, sans recours auprès de la police en cas d’agression, ou des prud’hommes en cas d’exploitation, et de travailler dans les pires conditions, en devant souvent payer les coûts supplémentaires causés par la prohibition, sans oublier les amendes et le racket de la police.

Quand on parle de proxénète, de qui donc parle-t-on ? Pour l’Etat, la plupart d’entre nous serions sous l’emprise de proxénètes, justifiant ainsi les lois répressives, et si l’on tient compte de la définition de la loi, en effet, toute personne avec qui nous avons des transactions économiques dans le cadre de notre travail ou non, toute personne qui bénéficie d’une partie de nos revenus, même au sein de nos familles et de nos proches, serait un proxénète.

Pour nous, le plus grand proxénète de France, c’est l’Etat lui-même. C’est l’Etat qui commet les actes de violence les plus graves à notre encontre et qui nous extorque le plus notre argent. Les arrestations, les gardes à vue, les fouilles au corps, les expulsions, les amendes, les impôts, le racket et la prison, c’est l’Etat français.

Un proxénète, pour les autres travailleurs, s’appelle simplement un employeur. Et si l’on compare l’industrie du sexe avec d’autres secteurs économiques, la part de revenus confisquée par un employeur sur le fruit du travail est souvent bien plus grande. Pour 35 heures de travail par semaine, la part de revenus tirée du travail du sexe sera souvent relativement plus importante. Où est donc l’exploitation ? Nous croyons qu’elle est partout et qu’elle définit tout travail. Mais en focalisant uniquement sur le travail du sexe qui serait défini comme “exploitation sexuelle” a contrario de travail, on fait comme si le travail n’était pas non plus une forme d’exploitation.

RECONNAISSANCE DU TRAVAIL

Lutter contre l’exploitation se fait par l’arrêt de la prohibition et la reconnaissance du travail ouvrant ainsi les mêmes droits sociaux dont bénéficie tout travailleur. La notion de travail ne normalise ni ne relativise les problèmes de violence et d’exploitation qui peuvent se tenir lors d’une activité professionnelle. Elle permet simplement d’apporter des solutions qui sont habituellement adoptées grâce aux lois et code du travail. Les problèmes d’abus et de travail forcé existent dans les secteurs économiques qui sont les plus dévalorisés et qui opèrent à la limite de la légalité ou dans l’illégalité. L’exploitation d’une main d’œuvre souvent d’étrangers sans papiers n’est pas le fait de la nature du travail mais de l’illégalité de leur statut. Le travail du sexe en tant que tel n’a donc pas vocation à être exercé sous la contrainte ou assimilé à de la “traite des êtres humains” contrairement aux définitions de l’Etat et des organisations prohibitionnistes.

L’accès aux services sociaux et à l’aide des associations doit être libre et respectueux du choix des personnes. Représenter tout travailleur du sexe comme une personne aliénée et esclave est en contradiction avec nos réalités, et ne permet pas d’apporter les solutions nécessaires aux problèmes que nous rencontrons, puisque le travail du sexe est pour nous bien plus une solution économique souvent temporaire à un moment donné de notre vie, et non la cause de tous nos maux.

Récemment, deux rapports ont été émis appelant à la décriminalisation du travail sexuel. Il s’agit du rapport du Conseil national du sida (CNS) qui voit la criminalisation du racolage comme une entrave directe à l’accès aux soins et à la prévention du VIH et de la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH), qui dans son avis sur la lutte contre la traite des êtres humains, en plus de la décriminalisation, demande que les violations des droits humains faites à l’encontre des travailleurs du sexe soient traitées par les provisions générales des lois contre le viol, violences, exploitation, extorsion de revenus, et non plus par des lois spécifiques stigmatisantes telles celle sur le proxénétisme.

Alors qu’une mission parlementaire étudie actuellement les lois encadrant le travail sexuel, il serait décevant que nos politiques non seulement continuent de penser uniquement dans l’optique de la criminalisation mais en ajoute une supplémentaire en visant en particulier nos clients. C’est l’impression pourtant qui ressort de notre audition par cette mission parlementaire, et des questions de sa présidente, Danielle Bousquet, bien connue pour son militantisme en faveur de la criminalisation de nos clients. Nous espérons donc que cette consultation n’était pas qu’un maquillage politique pour justifier une décision déjà arrêtée depuis longtemps, et nous attendons la publication de son rapport pour le printemps prochain.

Thierry Schaffauser, travailleur du sexe, élu représentant syndical du Syndicat du travail sexuel (Strass)

Source : http://www.lemonde.fr/idees/article/2010/12/15/decriminalisez-entierement-le-travail-du-sexe_1453445_3232.html

[Canada] Déclaration de l’Institut Simone de Beauvoir - Une prise de position féministe sur le travail du sexe

Thursday, November 4th, 2010
Correspondante : Institut Simone de Beauvoir
Publié le : 02/11/2010 à 16h56
Catégorie : Communiqués

L’Institut Simone de Beauvoir de l’Université Concordia appuie le récent jugement de la juge Susan Himel de la Cour supérieure de justice de l’Ontario concernant les lois sur la prostitution du Canada.

Nous appuyons cette décision en tant que féministes et, plus particulièrement, en tant que féministes qui occupent une position de leadership dans le domaine de la sexualité. L’Institut Simone de Beauvoir a été fondé en 1978 et offre le plus ancien programme d’études féministes au Canada. Notre programme d’études féministes a été le premier à offrir un cours sur les études lesbiennes (1985); nous avons contribué à La Ville en Rose, un colloque international sur les études gaies et lesbiennes qui s’est tenu en 1992; et nous avons participé activement à la mise sur pied du premier cours de premier cycle dédié au VIH/SIDA donné dans une université canadienne (1994). Depuis 2006, nous offrons un cours optionnel intitulé «Framing the prostitute» (Encadrer la prostitution) qui explore les manières dont les débats sur la prostitution sont construits au sein des politiques publiques et des milieux féministes et militants.

Depuis plus de trente ans, l’Institut Simone de Beauvoir occupe une position de leader en ce qui a trait aux questions de sexualité. Notre position d’appui au jugement Himel s’inscrit donc dans une longue tradition d’actions et de réflexions en matière de sexualité.

Le contexte des lois sur la prostitution au Canada
L’échange de services sexuels contre de l’argent est entièrement légal au Canada. Cependant, la plupart des éléments impliqués par la prostitution sont criminalisés. Cela inclut :
• communiquer pour les besoins de la prostitution;
• être le propriétaire ou le fondateur d’une maison de débauche; et
• forcer une autre personne à exercer la prostitution (les lois sur le proxénétisme).

Le jugement Himel
Le jugement Himel soutient que ces trois éléments des lois sur la prostitution ne permettent pas aux femmes de travailler dans un environnement sécuritaire. Par exemple, les femmes ne peuvent pas communiquer clairement sur des questions de sexualité avec un client, notamment à propos de la protection contre les infections transmises sexuellement, puisqu’elles ont peur d’être accusées d’une infraction de communication. Dans un autre cas de figure, les femmes ont l’interdiction de se mettre en équipe et de travailler ensemble dans un même appartement, puisque l’appartement en question serait considéré comme une maison de débauche. De la même manière, les femmes qui vivent avec un(e) conjoint(e) peuvent voir cette personne condamnée à cause des lois sur le proxénétisme qui interdisent de «vivre des fruits» d’une travailleuse du sexe. Ces lois empêchent également les femmes de s’organiser collectivement dans le but d’assurer leur sécurité et leur bien-être : de la constitution d’un syndicat à l’adhésion à une assurance maladie.

La juge Himel, considérant les preuves qui lui ont été présentées, a conclu que les dispositions actuelles du Code criminel créent un contexte dans lequel les femmes qui travaillent dans l’industrie du sexe font l’objet d’un danger grandissant. Le jugement affirme que les lois existantes relatives à la prostitution causent des méfaits aux femmes puisqu’elles les mettent à risque de subir davantage de violence. Les dispositions actuelles du Code criminel transgressent la Charte des droits : le droit à la vie, à la liberté et à la sécurité de la personne.

Ce jugement laisse 30 jours au gouvernement fédéral pour faire appel. Bien que le jugement ait eu lieu en Ontario, il pourrait avoir des répercussions dans d’autres provinces, considérant qu’il remet en question la constitutionnalité de certaines parties du Code criminel lui-même.

Pourquoi nous appuyons cette décision en tant que féministes
• Ce jugement soulève d’importantes questions quant au droit des femmes de contrôler leurs conditions et leur environnement de travail. Considérant que l’échange de services sexuels contre de l’argent n’est pas un acte criminel au Canada, nous appuyons la liberté des femmes de définir les conditions dans lesquelles elles travaillent. Ceci inclut aussi les femmes travaillant dans l’industrie du sexe.

• Nous ne nions pas qu’il puisse y avoir des abus de pouvoir et de la violence au sein de l’industrie du sexe – tout juste comme nous pouvons constater de la violence et des abus de pouvoir dans n’importe quel milieu de travail. Nous pensons que plus les femmes ont du pouvoir sur leurs conditions de travail, plus leur sécurité et leur santé s’accroissent. En tant que féministes, nous avons travaillé pendant des années pour assurer une participation active des femmes à la définition des conditions de travail de leurs vies. Notre engagement à ce principe inclut les femmes qui travaillent dans l’industrie du sexe.

• Nous appuyons aussi cette décision car en tant que féministes, l’histoire nous dit que ces mêmes lois sur la prostitution ont été utilisées particulièrement contre des communautés marginalisées. Par exemple, une descente a été faite au bar gay Truxx en 1977 à cause des lois sur les maisons de débauche. Ce scénario s’est répété en 1994 lorsque la police de Montréal a effectué une descente au bar gay K.O.X. en affirmant qu’il s’agissait d’une maison de débauche. Vers la fin des années 1990, des établissements échangistes du Montréal métropolitain ont également fait l’objet de descentes à cause des lois sur les maisons de débauche. Les lois qui criminalisent la prostitution permettent à l’État de viser les lieux, les événements et les communautés de ceux et celles qui sont sexuellement marginalisés. En tant que féministes, notre solidarité avec les communautés gaies et lesbiennes nous force à rejeter la criminalisation de la prostitution, parce que les évidences historiques du Canada nous démontrent clairement qu’alors que ces lois sont apparemment utilisées pour « protéger » les femmes, la réalité est plutôt qu’elles sont mobilisées contre les minorités sexuelles en général.

La prostitution n’est-elle pas préjudiciable aux femmes?
Comment les féministes peuvent-elles l’appuyer?

En discutant du débat sur la prostitution et du récent jugement Himel, certaines personnes soutiennent une position selon laquelle la prostitution en elle-même cause préjudice aux femmes. Plusieurs féministes avancent cet argument. La réalité est, en fait, beaucoup plus complexe qu’une telle prise de position. En fait, le jugement Himel est précisément une source d’intérêt pour nous en tant que féministes parce qu’il nous pousse à nous questionner sur la définition du « préjudice » en lui-même. Les lois qui sont désignées comme devant protéger les femmes peuvent aussi leur causer préjudice et cela a été démontré dans les exemples de l’utilisation des lois sur les maisons de débauche contre les communautés gaies et lesbiennes.

De manière similaire, une loi qui empêche les femmes de déterminer leurs propres conditions de travail leur cause préjudice puisque cela diminue leur autonomie et leur pouvoir d’agir. Nous sommes d’accord avec le jugement Himel selon lequel les lois sur la prostitution du Canada leurs sont préjudiciables et que ce préjudice transgresse la garantie de sécurité de la personne assurée par la Charte des droits. La sécurité des personnes assure le droit de vivre sans violence. C’est donc en tant que féministes engagées dans la lutte contre la violence faite aux femmes que nous appuyons le jugement Himel.

Une véritable consultation
Un des apprentissages les plus importants des politiques féministes est la nécessité de consultations authentiques. Les féministes ont soutenu que les femmes doivent avoir le droit de vote si un état démocratique veut affirmer avoir consulté tous ses citoyens. Les féministes travaillistes ont maintenu que les travailleuses doivent être consultées si nous voulons comprendre comment un environnement de travail particulier affecte les femmes. Exactement comme les féministes qui nous ont précédées et qui ont insisté sur l’importance de consulter les femmes, nous soulignons l’importance d’un authentique dialogue avec les femmes qui travaillent dans l’industrie du sexe. Notre engagement envers les politiques féministes nous demande de parler directement aux femmes qui vivent cette réalité spécifique afin que nous puissions travailler ensemble à l’amélioration de leur situation telle qu’elles la conçoivent.

Recommandations pour les futures actions et réflexions en matière de prostitution :
À l’Institut Simone de Beauvoir, nous nous engageons à :
• soutenir la décriminalisation du travail du sexe au Canada, dans un contexte selon lequel l’échange de services sexuels contre de l’argent ne figure pas dans le Code criminel du Canada;
• protester contre les lois qui causent du tort aux femmes, même si leur intention est de « protéger » les femmes;
• soutenir l’autonomie des femmes à définir leurs conditions de travail, ceci incluant les travailleuses du sexe;
• reconnaître l’expertise des travailleuses du sexe dans notre réflexion sur les sujets qui les concernent;
• travailler en partenariat avec les femmes pour lutter contre la violence. Cet engagement inclut une véritable collaboration avec les travailleuses du sexe afin d’identifier et d’implanter les stratégies qu’elles perçoivent comme étant pertinentes pour contrer la violence exercée contre elles, en tant que femmes, et en tant que travailleuses.

Signé par les membres du personnel enseignant ainsi que les étudiantes et étudiants de l’Institut Simone de Beauvoir, Université Concordia.

> Simone de Beauvoir Institute’s Statement: A Feminist Position on Sex Work - Déclaration de l’Institut Simone-De Beauvoir : une prise de position féministe sur le travail du sexe (PDF)