Archive for the ‘Actualité’ Category

Marcel Nuss et le STRASS contre l’intolérance

Monday, May 30th, 2011

Le 13 avril dernier, une commission parlementaire a déposé à la Présidence de l’Assemblée nationale un rapport qui est la conclusion d’une mission parlementaire d’information sur la prostitution en France (http://www.assemblee-nationale.fr/13/rap-info/i3334.asp#P3816_810391). Ce rapport propose non seulement un alignement insensé et régressive de la France sur la législation prohibitionniste suédoise, donc une pénalisation des clients ? bien que ce soit un échec avéré mais, évidemment, non reconnu en Suède. De plus, il rejette l’idée d’un accompagnement sexuel rémunéré, pour lui préférer la solution inconséquente et hypocrite d’un accompagnement sexuel bénévole, rejoignant ainsi clairement la position des détracteurs et détractrices de l’accompagnement sexuel (Mouvement du Nid, certaines associations féministes, etc.).

Pour moi, ce rapport est un coup de frein à la reconnaissance de l’accompagnement sexuel, un non-sens irresponsable et incohérent. Une atteinte injustifiable aux Droits de l’homme et au droit intangible de faire de son corps ce que l’on veut. Le tout sous prétexte de s’attaquer à la criminalité et de défendre la dignité de la femme. Or, faire un amalgame entre prostitution et accompagnement sexuel libres et volontaires et prostitution sous contrainte ? qui est le fait de réseaux mafieux ?, c’est une façon moralisatrice et discriminatoire de s’attaquer à des libertés individuelles fondamentales sans pour autant être plus efficace face à cette criminalité endémique, inacceptable elle.

Par conséquent, j’ai décidé de démissionner du CHS [collectif handicaps et sexualités] et de l’association CH(S)OSE afin de rejoindre le STRASS et de dénoncer, à ses côtés, une atteinte aux libertés par des puritains intolérants qui, dans leurs prises de position, négligent la dignité des personnes qu’ils prétendent défendre, au risque d’être en total contradiction avec les Droits de l’homme et du citoyen.

Marcel Nuss

Partageant entièrement l’analyse politique de Marcel Nuss, le STRASS se réjouit de cette collaboration qui ne manquera d’être heureuse. La reconnaissance des droits de toutes et tous étant depuis toujours notre revendication essentielle, que nous nous efforçons en permanence de faire porter par un discours à la première personne, ce ne peut être qu’avec un grand plaisir et un enthousiasme sincère que nous accueillons ce pionnier de la lutte pour la reconnaissance de l’accompagnement sexuel

Le premier Bulletin du STRASS est sorti

Friday, May 6th, 2011

Le Bulletin du STRASS - Printemps 2011 est sorti,

au menu : l’Edito, Les nouvelles du STRASS, Les Nouvelles du monde, et une rubrique Portraits d’adhérent.e.s

Et bien sur, un appel à la mobilisation contre le projet de pénaliser les clients, et un appel à la manifestation du 2 Juin

Deux versions sont disponibles : une à lire directement sur votre ordinateur :

bulletin-du-strass-printemps-2011-a-lire-sur-pc

et une à imprimer pour diffuser

bulletin-dustrass-printemps-2011-a-imprimer

Bonne lecture,

et n’hésitez pas à nous faire part de tous vos commentaires, critiques, idées, etc.

Le prochain Bulletin paraîtra pour l’été.

ASSISES DE LA PROSTITUTION 2011 - LYON

Friday, March 11th, 2011

Communiqué de Presse de :

DROITS ET PROSTITUTION - CABIRIA - STRASS

ASSISES DE LA PROSTITUTION 2011

LYON

18 MARS 2011

Depuis 2003, année d’entrée en vigueur de la loi qui pénalise la racolage passif, les conditions d’exercice des travailleuses et travailleurs du sexe n’ont cessé de se dégrader : augmentation des violences, de la stigmatisation, arrêtés municipaux visant à écarter les travailleuses du sexe des centres-villes et lieux de passage… Aujourd’hui, c’est la pénalisation des clients qui semble être la voie retenue par les politiques.

La voix des travailleuses du sexe n’est jamais prise en compte dans l’élaboration des lois qui les concernent.

Les Assises de la Prostitution se veulent un temps d’échanges et de prise de parole entre travailleuses du sexe et associations les soutenant, afin qu’émerge un positionnement commun sur des thématiques concrètes (santé, conditions de travail, répression, stigmatisation, droits, lois…).

Pour leur cinquième édition, les Assises de la Prostitution auront lieu le 18 mars à Lyon. Dans ce contexte sécuritaire et répressif contre tou-te-s les travailleuses et travailleurs du sexe, le besoin d’être visibles, de se retrouver et de s’organiser est plus que jamais d’actualité.

Les temps d’échange et de prise de parole proposés permettront d’aborder les réalités concrètes que vivent les travailleuses du sexe, les conséquences sur leur santé et leurs conditions de vie en général ainsi que les perspectives d’actions à mettre en place pour faire évoluer la situation des travailleuses et travailleurs du sexe et pour changer les lois.

Les conclusions de cette journée seront rendues publiques lors d’une conférence de presse qui se tiendra

Vendredi 18 mars 2011 à 17H,

à la maison des associations,

28, rue Denfert Rochereau, Lyon 4e

Une Marche pour les droits des travailleuses et travailleurs du sexe, prostitué-e-s et autres tapins aura lieu:

Samedi 19 mars 2011,

Place des Terreaux (Lyon 1er)

à partir de 14h30.

Contacts Presse:

Isabelle SCHWEIGER (porte-parole STRASS)             06.31.45.64.24

Antoine BAUDRY (CABIRIA)                                      06.76.63.59.22

Miguel Ange GARZO (ARCAT et UNALS)                    06.81.43.48.15

ASSISES DE LA PROSTITUTION 18 MARS 2011 A LYON

Justice - Communiqué de presse.(mise à jour 02/03/2011)

Friday, February 25th, 2011

Le 17 février 2011, la 17ème Chambre correctionnelle du Tribunal de Grande Instance de Paris, a reconnu que Mme Henriette Zoughebi s’est rendue coupable de diffamation et l’a condamné à 500€ d’amende avec sursis. Elle devra en outre verser 1500 € de frais de justice et 1€ de dommages et intérêts au STRASS, le Syndicat du Travail Sexuel qui s’est constitué partie civile. Mme Zoughebi a toutefois fait appel de ce jugement qui n’est donc pas définitif.

Sur son blog,  Henriette Zoughebi, Vice-présidente du Conseil régional d’Ile-de-France, s’en était violemment pris aux organisateurs des “Assises de la Prostitution”. Le Tribunal a également ordonné le retrait du texte.

Le STRASS prend acte de cette décision, qui renforce sa détermination à défendre les intérêts de toutEs les travailleuses du sexe et leurs aliéEs qui luttent pour leur Droits.

Les Assises de la Prostitution sont une des trop rares occasions de rassemblement national des travailleurs du sexe et cette année encore, le STRASS participera à cet événement les 18 et 19 mars prochains à Lyon, ne déplaise à Mme Zoughebi !

infos :

contact@strass-syndicat.org

Les féministes doivent soutenir et inclure les travailleuSEs du sexe

Tuesday, February 8th, 2011

Compte rendu de la réunion avec Osez le féminisme.

Le mercredi 19 janvier 2011 au soir, trois militantEs du STRASS se sont renduEs à la « formation » et au débat organisé par Osez Le Féminisme (OLF).

Bien que les organisatrices pensent qu’elles ont tenu un débat de qualité ouvert et respectueux de la parole de chacune, nous ne partageons pas le même sentiment. Si en effet, nous avons eu le droit à trois minutes par tour de parole, nous avons également eu droit à une heure de « formation » au préalable de la part de Caroline De Haas (CDH) à laquelle nous n’avons pas pu répondre dans les détails étant donné notre temps de parole limité, et étant dans une position minoritaire parmi les membres de la salle. La conclusion a ensuite été faite de nouveau par les organisatrices qui ont bien tenu à diriger le débat dans le sens qu’elles avaient décidé, à savoir la préparation d’une prise de position par OLF en faveur de la pénalisation de nos clients.

Notre parole a tout le long du débat était réduite au statut de témoignage individuel non représentatif, tandis que les organisatrices se positionnaient en tant qu’expertes qui avaient lu sur le sujet. Elles ont bien expliqué que le fait de ne pas être prostituée ne les empêchait pas de pouvoir s’exprimer et d’avoir une analyse sur la prostitution, faisant des comparaisons en disant qu’on n’avait pas besoin d’être noir pour être contre le racisme ou pas besoin d’être une femme pour être contre le sexisme, etc. Certes, elles peuvent ne pas être travailleuses du sexe pour avoir une opinion contre le travail sexuel. Le problème c’est que tout le monde a le droit apparemment d’avoir une opinion sur le travail du sexe sauf les travailleurs du sexe eux-mêmes dont la parole n’est que rarement reprise politiquement et jamais considérée comme une parole d’expert.

Pour nous, la prise de parole à la première personne est à la fois un acte politique et un principe féministe et progressiste parce que nous croyons que l’émancipation des travailleurs du sexe est l’œuvre des travailleurs du sexe eux-mêmes. Par exemple, les hommes ont le droit d’avoir une opinion sur le sexisme, mais nous nous demandons comment OLF réagirait si elles se retrouvaient dans une salle pleine d’hommes avec seulement trois femmes dans la salle qui auraient droit à trois minutes par tour de parole, et que les hommes à la tribune leur faisaient une « formation » sur le sexisme, et leur expliquaient qu’ils s’opposent à la reconnaissance du travail des femmes afin de les protéger contre l’exploitation et la violence.

Parce que de nombreuses contre-vérités ont été dites durant notre « formation », nous aimerions interpeller nos formatrices maintenant que nous avons plus de trois minutes pour les exposer et leur répondre. Beaucoup de chiffres ont été avancés sans que nous sachions toujours comment ils ont été fabriqués. Mais simplement parce qu’après des années de lobby intensif certaines organisations internationales les reprennent, ils deviennent soudainement des arguments d’autorité.

Nous avons eu droit à des chiffres sur le nombre de travailleurs du sexe dans le monde et en France bien qu’il n’existe aucun moyen de nous comptabiliser. Nous avons déjà expliqué comment les chiffres en France sont construits par la police en s’appuyant uniquement sur les arrestations qui visent en priorité les étrangères travaillant dans la rue et comment l’amalgame entre immigration et traite permet de mieux expulser. Or, les leaders d’OLF choisissent de reprendre ces chiffres.[1]

Nous avons eu droit à un chiffre sur l’âge moyen d’entrée dans la prostitution dans le monde sans aucune comparaison avec l’âge d’entrée moyen dans le travail en général comme si le travail des enfants dans le monde n’était pas une chose courante. Or, c’est seulement lorsqu’il s’agit du travail sexuel, que le travail des enfants devient un argument pour interdire toute une profession, y compris pour les adultes consentants que nous sommes. Nous refusons cet amalgame et nous pensons que ce n’est pas en lutant contre le travail sexuel qu’on réduira le problème du travail des enfants.

Nous avons appris ensuite qu’il y aurait entre 3000 et 8000 enfants prostitués en France. Pourtant, en 2005, il est dénombré 60 jeunes filles et 4 garçons de moins de 18 ans sur les 1 200 personnes prostituées identifiées dans des procédures. En outre 7 mineurs figurent parmi les 895 personnes mises en cause pour proxénétisme en 2005. Pour Paris, les données produites par la Police nationale font état de 55 cas de prostitution de mineurs, une moitié de nationalité française (24 filles et 4 garçons), une autre moitié de nationalité roumaine (27 personnes mineures). Selon l’aide sociale à l’enfance, 0,1% des 1188 mineurs ont été signalés pour « réseau de prostitution » par les services éducatifs auprès des tribunaux. Seuls 15 mineurs en situation de prostitution sont enregistrés en 2005.[2]

Tandis que nous ne savons pas combien de travailleurs du sexe nous sommes réellement en France, CDH déclare que 85 à 90% d’entre nous aurions un proxénète, et que 80% d’entre nous aurions été victimes de viol. Pour le prouver, elle nous cite entre autres un rapport Raymond sur une étude comparative de la prostitution dans 5 différents pays qui montrerait l’impact de ces violences sur les prostituées et de la nécessité de les exposer. En réalité, ce rapport a été écrit non pas par Janice Raymond mais par Melissa Farley et ce rapport ne concerne de toute façon pas la France. Farley est par ailleurs discréditée dans le monde scientifique anglo-saxon pour avoir mené des interviews de prostituées dans des centres psychiatriques afin de prouver que l’immense majorité des prostituées souffrent de troubles psychiatriques post-traumatiques. Dans la même logique, « nos formatrices » vont même jusqu’à nous expliquer que 100% des prostituées qui appellent les centres d’appel contre le viol le font suite à un viol. L’intérêt de ces chiffres de toute façon invérifiables, c’est surtout de nous enfermer dans un statut de victime par essence pour confisquer notre parole et accuser de non-légitimité et de non-représentativité toute parole pute qui leur serait contradictoire.

CDH pour nous expliquer que la légalisation du travail sexuel serait un échec nous cite ensuite plusieurs exemples de pays étrangers sans même faire de distinction entre les régimes de légalisation, de dépénalisation et de pénalisation préférant parler de systèmes d’abolitionnisme, prohibitionnisme et réglementarisme qui par les exemples ensuite donnés portent complètement à confusion puisqu’un système comme la Suède où les clients sont pénalisés est décrit comme abolitionniste plutôt que prohibitionniste. Le travail sexuel en tant que tel étant déjà légal en France et les revendications des travailleurs du sexe ne correspondant pas aux modèles de ces pays, cela ajoute à la confusion.

CDH cite par exemple le Maire d’Amsterdam qui tente de se débarrasser d’une partie de son quartier rouge en instrumentalisant la question de la traite et du travail des enfants. Il ne lui vient pas à l’esprit bien entendu les spéculations financières autour des prix de l’immobilier et la pression des riverains. Ces déclarations politiques n’ont donné pour seul changement législatif qu’une plus grande restriction de la migration, et en termes pratiques, uniquement un rachat à plus bas prix de biens immobiliers.

CDH explique ensuite que la légalisation du travail sexuel en Allemagne a amené une augmentation de 70% de la traite des femmes. Or ces chiffres correspondent à l’augmentation des moyens policiers alloués à la lutte contre la traite mais ne reflète en aucun cas celui du nombre de victimes de la traite identifiées par la police et qui sont les suivant :

2000 – 926 victimes

2001 – 987 victimes

2002 – 811 victimes (Année de la légalisation)

2003 – 1235 victimes

2004 – 972 victimes

2005 – 642 victimes

2006 – 775 victimes

2007 – 689 victimes

2008 – 676 victimes

2009 – 710 victimes[3]

Au sujet de l’Allemagne encore, CDH nous affirme comme vérité absolue le fait que les chômeuses allemandes peuvent perdre leurs allocations si elles refusent un emploi de travailleuse du sexe. Cette rumeur a pour origine un article du Tageszeitung daté du 18 décembre 2004 “Ein Job wie jeder andere”[4] qui émet l’idée d’une possibilité technique de perte de ses droits après un refus de travail incluant des services sexuels à la suite de la récente loi légalisant le travail du sexe en 2002. Dans cet article, l’auteur estime qu’il y a pu y avoir des cas isolés mais n’apporte aucune preuve de tels faits. Des représentants de l’équivalent de l’ANPE allemande interviewés précisent qu’ils n’ont jamais eu de telles annonces car les agences ont leur propre service de recrutement. Un porte-parole du bureau du travail déclare en addition qu’on ne peut pas intervenir dans ce secteur à cause du fait que l’obligation à un tel travail violerait différents droits.

L’information est reprise par Clare Chapman dans le Telegraph du 30 janvier 2005 sous le titre “If you dont take a job as a prostitue, we can stop your benefits” avec une nouvelle version. L’article raconte ici l’histoire d’une berlinoise de 25 ans n’ayant pas été identifiée pour des raisons légales, qui risque de perdre ses allocations. Elle souhaite travailler dans un bar de nuit et se voit proposer un poste dans un bordel. Chapman explique que les agences d’escortes peuvent passer des annonces dans les registres de l’ANPE, que la loi allemande oblige toute femme de moins de 55 ans n’ayant pas travaillé pendant plus d’un an d’accepter un travail incluant ceux de l’industrie du sexe. Le gouvernement allemand ne pouvant pas distinguer suffisamment correctement les bordels des bars de nuit, les agences pour l’emploi seraient donc contraintes de traiter ces annonces de la même façon que les autres. Cependant le lecteur appréciera les différences entre le premier article du journal de Berlin et sa traduction des faits en anglais dans celui du Telegraph qui est depuis utilisé par les opposants à la législation allemande.[5]

CDH nous a parlé ensuite de l’impact de la légalisation du travail sexuel en Australie, oubliant que l’Australie est un Etat fédéral et que chaque Etat a des lois différentes sur le travail sexuel. Mais qu’à cela ne tienne, le nombre de contaminations au VIH en Australie aurait doublé depuis que le pays aurait légalisé la prostitution. Les premières lois de décriminalisation dans certains Etats ont eu lieu à partir de 1979 comme en Nouvelles Galles du Sud et ont continué dans les années 1980 et 1990 dans d’autres Etats tandis que la loi est restée la même dans les Etats de la côte ouest. Pourtant, les travailleurs du sexe en Australie jouissent d’une santé sexuelle meilleure que la population en général et ont un faible taux de VIH / sida. Les travailleurs du sexe en Australie font aussi état de taux très élevé d’utilisation du préservatif.[6]

Dans le contexte australien aucun cas de transmission au VIH d’une travailleuse du sexe vers un client ou d’un client vers une travailleuse du sexe n’a été documenté au moins jusqu’en 1997.[7] Mais il suffit en effet après cette période d’un seul cas de contamination et d’une mauvaise interprétation des règles mathématiques pour parler malhonnêtement de 100% d’augmentation qui sera traduit ensuite par un doublement des cas. De 1992 à 1997 l’information fournie par la Clinique metropolitan sexual health indique que le taux de prévalence VIH est resté bas parmi les femmes s’identifiant comme travailleuses du sexe autour de 0.1%[8] Les travailleurs du sexe rapportent aussi des taux aux IST inferieurs à ceux de la population générale. Par exemple en 1989 une étude de la Clinique Brisbane Special dans le Queensland conclut que le risque relatif pour une travailleuse du sexe de développer une IST était deux fois moins que celui pour les autres femmes visitant la clinique.[9]

L’expérience australienne indique que la dépénalisation ou la légalisation de la prostitution a créé un climat dans lequel la grande majorité des travailleurs et travailleuses du sexe peuvent accéder aux services sociaux et de santé et créé des conditions de travail sécurisantes pour eux-mêmes, tandis que la pénalisation permet à la police d’arrêter les travailleurs du sexe et de confisquer leurs préservatifs pour les utiliser comme preuve afin de caractériser le délit.

CDH a ensuite pris en modèle la Suède où la prostitution aurait soit disant diminué. Or, en Suède comme en France, seule la prostitution de rue est prise en compte et aucun élément ne permet de dire que la prostitution dans son ensemble aurait réellement diminué quand les scènes de prostitution ont très bien pu se déplacer à la suite de la pénalisation des clients et de l’essor de l’usage d’Internet depuis la loi de 1999.

D’après nos collègues de Suède[10], leur pays est loin d’être un paradis féministe. Depuis que la prostitution a officiellement disparu, il n’y a plus aucune association de santé communautaire pour aller distribuer des capotes dans les rues. Ce serait ‘encourager la prostitution’ quand il faut lutter contre. Même chose sur les drogues, la Suède est contre la réduction des risques et tout comme ce sont les putes qui se distribuent des capotes entre elles, ce sont les usagers de drogues qui organisent l’échange de seringues.

La Suède c’est le pays où on criminalise la transmission du VIH ou sa potentielle transmission.
Les putes suédoises, qui sont censées ne pas être criminalisées car victimes, vont quand même en prison quand elles sont séropos car elles mettraient en danger la vie des autres, et ce, même si elles utilisent des capotes. Tandis que le cas de Julian Assange soupçonné de viol fait grand bruit, le taux de condamnation pour viol reste très bas malgré des lois dites pour protéger les femmes.

En Suède, on retire la garde des enfants aux putes car elles représenteraient un risque et une mauvaise influence. Les travailleurs du sexe continuent d’être imposés fiscalement sur leurs revenus même si le travail sexuel n’est pas reconnu comme travail. C’est un pays où il n’y a aucune donnée scientifique sur la prostitution, seulement des estimations. Officiellement 100% des prostituées de Suède sont victimes de la traite car il ne peut y avoir de ‘prostitution choisie’. Or, depuis la loi de pénalisation des clients censée lutter contre la traite des femmes, seulement un cas de victime de traite a reçu le droit d’asile en Suède, tandis que les autres comme tous les travailleurs du sexe migrants sont expulsées.

La Suède est un pays où les travailleurs du sexe n’ont pas le droit d’être consultés sur les lois qui les concernent, certes comme en France, mais c’est la ministre de la Justice Beatrice Ask qui le dit explicitement au Parlement car contraire aux valeurs du pays. C’est un pays où contrairement à ce qui est souvent dit, les putes ne reçoivent aucune aide sociale mais seulement un ‘accompagnement psychologique’ pour leur dire qu’elles sont victimes et que ca fait du bien de pleurer, et cette « aide » est conditionnée au fait d’arrêter le travail du sexe.

C’est un pays où les discriminations et le stigma sont plus forts car nous n’y sommes perçus que comme des cas sociaux. C’est un pays où son image peut être rendue publique dans les medias suite aux grandes opérations policières anti-clients auprès des medias et malgré le fait que nous y soyons censées être des victimes à protéger. C’est un pays où on peut perdre son emploi, son logement, ses amis etc juste après avoir été outée comme pute et ce sans recours légal.

C’est un pays où il faut se cacher dans des endroits dangereux pour rencontrer ses clients et où le prix des passes a diminué. C’est un pays où il vaut mieux ne pas contacter la police après une agression lors de son travail car on se retrouve surveillé et on perd ses clients. C’est un pays où la violence contre les putes a augmenté.

La Suède est tout sauf un pays où les putes ne sont pas pénalisées. C’est un pays prohibitionniste qui refuse de reconnaitre les droits humains des travailleurs du sexe car comment reconnaitre des droits à des personnes qui sont censées ne plus devoir exister? C’est exactement ce que l’une d’entre nous s’est vu répondre quand elle a demandé quel sera l’impact sur les revenus des putes si nous avons moins de clients suite à la pénalisation. Une personne de la salle lui a dit : « Mais il n’y aura plus de putes ».

CDH a même cité l’Inde où les prostituées seraient soit disant organisées sur des positions abolitionnistes alors que le syndicat Durbar avec plus de 60.000 membres revendiquent la décriminalisation du travail sexuel, la reconnaissance du travail sexuel comme un travail et l’autodétermination des travailleurs du sexe comme toutes les organisations de travailleurs du sexe à travers le monde qui se sont développées depuis les années 1970.

Au delà des chiffres, CDH nous énonce les principes d’OLF qui seraient en contradiction avec la prostitution : la dignité humaine, le refus de la marchandisation du corps et le féminisme. Pour nous, ces principes ne sont que des formules toutes faites. Nous concevons notre dignité humaine autrement et si nous comprenons que l’usage de son corps et de sa sexualité et son rapport à l’intime peuvent avoir des significations différentes selon les individus, nous considérons que cela devrait nous regarder nous-mêmes en priorité selon cet autre principe féministe qu’est la libre disposition de son corps.

Quelque soit le travail que nous faisons, notre corps est toujours marchandé et mis à disposition du capital. Le consentement au travail n’est pas le désir de travail. En ce sens, nous sommes d’accord avec CDH pour dire que le travail n’est pas la liberté. Pourtant, personne ne préconise de criminaliser le travail ou de refuser des droits aux travailleurs afin de dénoncer les horreurs du travail que sont l’exploitation et les violences car tout le monde comprend bien que la prohibition empirerait ces problèmes au lieu de les résoudre.

OLF a pour principe que la sexualité doit se dérouler dans la réciprocité du désir et prend le risque de mettre en parallèle l’absence de désir avec l’absence de consentement. Nous pensons que cela créerait un précédent dangereux car depuis la dépénalisation de l’homosexualité en 1981, l’Etat cesse d’intervenir dans la sexualité entre adultes consentants. La pénalisation de nos clients serait ainsi un retour en arrière et impliquerait que tels des mineurs de moins de 15 ans nous ne serions pas capables d’exprimer notre consentement éclairé.

Cette infantilisation, cette réduction au statut de mineurs, c’est exactement ce dont les femmes ont souffert quand leur était déniée l’égalité des droits. C’est parce qu’on estimait qu’elles ne pouvaient exprimer leur propre volonté et qu’elles étaient trop influençables hier par l’Eglise, aujourd’hui par des proxénètes, que le droit de vote était refusé ou le racolage pénalisé. Quand CDH dit que la prostitution renvoie le message que les femmes seraient sexuellement à disposition des besoins irrépressibles des hommes, c’est encore renforcer cette vision paternaliste que les travailleuses du sexe ne seraient pas capables de dire non, et se verraient imposer par l’argent la volonté de leur client.

L’argent peut révéler en effet un rapport de domination, mais la transaction économique en tant que telle ne veut pas toujours dire que celui qui paie a du pouvoir sur l’autre. Quand on consulte un psychologue ou un médecin que l’on doit payer souvent très cher, nous ne sommes pas forcément en position de domination sur ce professionnel. On peut être pute et dire non à un client, imposer ses pratiques, ses tarifs, et le port du préservatif. On peut même être pute et être féministe.

C’est sans doute ce qu’il fut le plus violent à entendre dans ce débat. Nous nous sommes retrouvées non plus en position de victimes mais en celles d’accusées, de complices du patriarcat. Une personne dans la salle allant même jusqu’à utiliser l’expression « armée de réserve du patriarcat » pour nous désigner. L’existence de la prostitution, nous dit on, aurait des conséquences sur toutes les femmes en termes de violences, de domination, de pressions sexuelles de la part des hommes. Florence Montreynaud des Chiennes de Garde nous a expliqué qu’un homme marié dont la femme refuse d’avoir des rapports sexuels peut toujours se diriger vers une prostituée au lieu de tenter de séduire sa femme à nouveau et de renouer le dialogue dans le couple pour essayer de la comprendre.

Les putes se retrouvent ainsi divisées en deux groupes : celles victimes qui ne peuvent s’exprimer par elles-mêmes, dont ce n’est pas la faute et qu’il faut absolument sortir de là par tous les moyens, et les égoïstes libérales minoritaires non-représentatives qui normaliseraient des rapports de domination par simple appât du gain ou par naïveté et mauvaise interprétation de ce que serait réellement la libération des femmes.

Cela revient à porter la culpabilité des violences contre les femmes sur d’autres qui n’en sont pas responsables. Au lieu de voir les putes qui refusent d’arrêter le travail sexuel comme un encouragement fait aux hommes de traiter les femmes comme des putes, pourquoi ne pas plutôt se battre pour exiger que les putes comme toutes les femmes soient respectées, et ainsi le stigmate de putain ne pourra plus être une arme contre nous toutes ?

Rien n’est fait pour lutter contre les vrais problèmes de violences, d’exploitation etc qui demeurent même après qu’on ferme les yeux et qu’on fait comme si la prostitution avait disparu soudainement dans le parfait pays devenu soit disant féministe.

Rien n’est par exemple fait pour lutter contre les vrais viols. Quand on est pute, la police n’enregistre que rarement les plaintes. Et dans ces cas là, il n’y a aucune féministe derrière nous pour nous aider. En fait, on s’entend dire parfois que le seul moyen d’éviter les violences c’est d’arrêter le travail sexuel, comme si nous les méritions.

Pénaliser les clients c’est punir les hommes qui respectent le contrat, qui respectent nos règles. Pendant ce temps les vrais violeurs eux continuent de sévir mais ca n’intéresse personne. Rien n’est fait pour lutter contre l’exploitation et la pauvreté ou contre les contrôles migratoires qui créent la traite des êtres humains en forçant les migrants à passer par des réseaux clandestins. Ce n’est pas la demande pour le sexe qui crée la traite. Le client au contraire pourrait être un allié. Pour l’instant c’est encore le seul qui peut alerter la police sans prendre le risque de se faire condamner ou expulser. Dans certains pays il y a des lignes d’appel gratuites pour les clients afin qu’ils contactent la police s’ils suspectent un problème.

La notion de travail ne veut pas dire que l’on nie l’exploitation ou la violence mais que l’on peut utiliser les droits acquis par les mouvements de travailleurs et enfin devenir de vrais citoyens. Nous ne sommes pas rien, nous ne sommes pas des cas sociaux, ni des victimes au sens où l’on pourrait nous réduire à un rôle de témoignage individuel qui n’aurait aucune valeur politique, comme si nous ne détenions aucune expertise sur nous-mêmes et notre propre condition. Etre un travailleur ça veut dire que nous faisons partie de la classe ouvrière et que nous pouvons faire des alliances avec d’autres en tant qu’égaux. Nous ne voulons plus être en position de personnes que l’on aide et qui doivent se réinsérer dans la société mais en positon d’acteurs et actrices qui ont le droit de transformer la société et d’être politiques. Pour nous, c’est ça être féministe.

[1] http://www.lemonde.fr/idees/article/2010/06/02/combien-de-travailleurs-du-sexe-sommes-nous-par-thierry-schaffauser_1366353_3232.html

[2] O’Deye A., Joseph V., La prostitution des mineurs à Paris, Données, acteurs et dispositifs existants, rapport final, op. cit.

[3] http://www.bka.de/

[4] http://www.taz.de/index.php?id=archivseite&dig=2004/12/18/a0077

[5] http://www.snopes.com/media/notnews/brothel.asp

[6] http://www.scarletalliance.org.au/library/saunders99

[7] Harcourt 1997

[8] Annual Surveillance Report, 1997: 20

[9] Harcourt, 1994: 217

[10] http://www.rosealliance.se/

Décriminalisez entièrement le travail du sexe

Wednesday, December 15th, 2010

En France, officiellement, le travail du sexe est légal. Ce qui est illégal est le racolage ainsi que le proxénétisme, y compris le proxénétisme de soutien, qui ne criminalise ni la violence ni la coercition mais tout acte d’aide à la prostitution, même entre prostitués.

Cela signifie concrètement que le travail du sexe bien que soumis à l’impôt, n’est pas considéré comme un travail, mais comme de la prostitution, une activité tolérée, réduite à la sphère privée, et dont celles et ceux qui fournissent le service sexuel, sont toujours considérés comme inadaptés sociaux depuis les ordonnances de 1960 qui faisaient également de la tuberculose, de l’alcoolisme et de l’homosexualité des fléaux sociaux.

Si nous pouvons donc vendre des services sexuels, ou plutôt si nous pouvons avoir des amants qui nous donnent de l’argent, nous n’avons pas le droit de passer de petites annonces, de racoler nos clients dans la rue, de louer un endroit pour travailler, de nous prêter l’usage d’une camionnette, ou de tout autre acte de solidarité entre nous, sans reconnaissance de droits en tant que travailleur ou de citoyen puisque les discriminations et dénis de droits de la part de la police, de la justice et de l’administration sont nombreux.

Beaucoup a été dit sur la volonté du gouvernement de nettoyer au Kärcher les rues de notre présence pour assurer la “tranquillité publique”, ou d’utiliser la lutte contre le racolage comme moyen de lutter contre l’immigration. Or, l’argument principal justifiant la criminalisation des travailleurs du sexe, eux et elles-mêmes, est de deux ordres : il s’agirait de porter un coup aux profits de nos soi-disant proxénètes en décourageant l’activité de prostitution, et de nous diriger (de force) vers les associations travaillant à notre réinsertion sociale. En effet, lorsque nous sommes arrêtés pour racolage, nous sommes fortement conseillés par la police de nous rendre auprès d’associations travaillant avec et pour l’Etat et qui conditionnent pour la plupart leur “aide” à l’arrêt de la prostitution.

SYSTÈME ABOLITIONNISTE

Nous sommes donc depuis plus de cinquante ans dans un système abolitionniste, qui souhaite la disparition de la prostitution, officiellement sans s’attaquer aux travailleurs du sexe, mais qui dans les faits continue de nous criminaliser et nous réduit à un statut de non-citoyen, n’ayant pas la capacité de décider pour lui-même du bienfondé de ses actes et dont l’Etat a à sa charge la réinsertion sociale.

Les deux points justifiant notre criminalisation, même indirecte, reposent pourtant sur une méconnaissance des réalités de notre travail. La notion de proxénétisme est en effet floue puisqu’elle inclut légalement des actes qui ne correspondent pas aux descriptions de violence et d’abus. En lisant attentivement chaque cas régulièrement cité dans la presse de faits divers, la majorité des condamnations pour proxénétisme se porte bien plus contre les travailleurs du sexe que sur les personnes exploitant notre travail.

Aussi, en criminalisant l’organisation du travail sexuel, le racolage, ou le proxénétisme hôtelier, sous prétexte d’empêcher notre exploitation, nous nous retrouvons à devoir accepter les règles du marché noir, sans régulation ni protection, sans recours auprès de la police en cas d’agression, ou des prud’hommes en cas d’exploitation, et de travailler dans les pires conditions, en devant souvent payer les coûts supplémentaires causés par la prohibition, sans oublier les amendes et le racket de la police.

Quand on parle de proxénète, de qui donc parle-t-on ? Pour l’Etat, la plupart d’entre nous serions sous l’emprise de proxénètes, justifiant ainsi les lois répressives, et si l’on tient compte de la définition de la loi, en effet, toute personne avec qui nous avons des transactions économiques dans le cadre de notre travail ou non, toute personne qui bénéficie d’une partie de nos revenus, même au sein de nos familles et de nos proches, serait un proxénète.

Pour nous, le plus grand proxénète de France, c’est l’Etat lui-même. C’est l’Etat qui commet les actes de violence les plus graves à notre encontre et qui nous extorque le plus notre argent. Les arrestations, les gardes à vue, les fouilles au corps, les expulsions, les amendes, les impôts, le racket et la prison, c’est l’Etat français.

Un proxénète, pour les autres travailleurs, s’appelle simplement un employeur. Et si l’on compare l’industrie du sexe avec d’autres secteurs économiques, la part de revenus confisquée par un employeur sur le fruit du travail est souvent bien plus grande. Pour 35 heures de travail par semaine, la part de revenus tirée du travail du sexe sera souvent relativement plus importante. Où est donc l’exploitation ? Nous croyons qu’elle est partout et qu’elle définit tout travail. Mais en focalisant uniquement sur le travail du sexe qui serait défini comme “exploitation sexuelle” a contrario de travail, on fait comme si le travail n’était pas non plus une forme d’exploitation.

RECONNAISSANCE DU TRAVAIL

Lutter contre l’exploitation se fait par l’arrêt de la prohibition et la reconnaissance du travail ouvrant ainsi les mêmes droits sociaux dont bénéficie tout travailleur. La notion de travail ne normalise ni ne relativise les problèmes de violence et d’exploitation qui peuvent se tenir lors d’une activité professionnelle. Elle permet simplement d’apporter des solutions qui sont habituellement adoptées grâce aux lois et code du travail. Les problèmes d’abus et de travail forcé existent dans les secteurs économiques qui sont les plus dévalorisés et qui opèrent à la limite de la légalité ou dans l’illégalité. L’exploitation d’une main d’œuvre souvent d’étrangers sans papiers n’est pas le fait de la nature du travail mais de l’illégalité de leur statut. Le travail du sexe en tant que tel n’a donc pas vocation à être exercé sous la contrainte ou assimilé à de la “traite des êtres humains” contrairement aux définitions de l’Etat et des organisations prohibitionnistes.

L’accès aux services sociaux et à l’aide des associations doit être libre et respectueux du choix des personnes. Représenter tout travailleur du sexe comme une personne aliénée et esclave est en contradiction avec nos réalités, et ne permet pas d’apporter les solutions nécessaires aux problèmes que nous rencontrons, puisque le travail du sexe est pour nous bien plus une solution économique souvent temporaire à un moment donné de notre vie, et non la cause de tous nos maux.

Récemment, deux rapports ont été émis appelant à la décriminalisation du travail sexuel. Il s’agit du rapport du Conseil national du sida (CNS) qui voit la criminalisation du racolage comme une entrave directe à l’accès aux soins et à la prévention du VIH et de la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH), qui dans son avis sur la lutte contre la traite des êtres humains, en plus de la décriminalisation, demande que les violations des droits humains faites à l’encontre des travailleurs du sexe soient traitées par les provisions générales des lois contre le viol, violences, exploitation, extorsion de revenus, et non plus par des lois spécifiques stigmatisantes telles celle sur le proxénétisme.

Alors qu’une mission parlementaire étudie actuellement les lois encadrant le travail sexuel, il serait décevant que nos politiques non seulement continuent de penser uniquement dans l’optique de la criminalisation mais en ajoute une supplémentaire en visant en particulier nos clients. C’est l’impression pourtant qui ressort de notre audition par cette mission parlementaire, et des questions de sa présidente, Danielle Bousquet, bien connue pour son militantisme en faveur de la criminalisation de nos clients. Nous espérons donc que cette consultation n’était pas qu’un maquillage politique pour justifier une décision déjà arrêtée depuis longtemps, et nous attendons la publication de son rapport pour le printemps prochain.

Thierry Schaffauser, travailleur du sexe, élu représentant syndical du Syndicat du travail sexuel (Strass)

Source : http://www.lemonde.fr/idees/article/2010/12/15/decriminalisez-entierement-le-travail-du-sexe_1453445_3232.html

T-DOR Transgender Day Of Remembrance

Saturday, November 20th, 2010

Le T-DOR est la journée internationale du souvenir trans

TDoRDepuis 1999, le 20 novembre est la Journée internationale de la mémoire transgenre, également appelée Journée internationale du souvenir trans’ (en V.O.: Transgender Day of Remembrance), en mémoire des trans’ assassiné-e-s dans le monde entier, et notamment de Rita Hester, trans’ afro-américaine tuée le 28 novembre 1998.

« VIOLENCE QUOTIDIENNE »
Selon le site Transrepect versus Transphobia, plus de 175 meurtres transphobes ont été signalés depuis le TDoR 2009. Un collectif inter-associatif (Acceptess-T, Chrysalide, Act Up-Paris, A.L.I.I.T.T.A.S., C’est pas mon genre!, Claaaaaaaaaashhh! de la FA, Lesbian & Gay Pride Montpellier Languedoc-Roussillon, Mag et Le Strass) rappelle qu’en France, « les personnes trans’ font face à une violence quotidienne, dans la rue, sur leurs lieux de travail, et même jusque chez elles » et donne les exemples de Diva, « assassinée, étranglée chez elle à Saint-Raphaël, (…) retrouvée par ses amies qui s’inquiétaient de ne pas avoir de ses nouvelles depuis plusieurs jours », de Marizette, « retrouvée morte, attachée aux toilettes de chez elle » et de Kima, qui « s’est jetée sous une voiture, poussée au suicidée par les persécutions qu’elle a subies ».

« Bien que toutes les personnes représentées lors du TDoR ne s’identifient pas comme trans’ (travesti-e-s, cross-dresser, etc.), toutes ont été victimes de violences basées sur la haine et les préjugés à l’encontre de la transidentité », soulignent les associations.

TDoRJOURNÉE D’ACTIONS
Journée de souvenir, donc, mais aussi journée de revendications et d’actions. À Paris, une action de visibilité et de commémoration aura lieu à 14h sur le pont des Arts. À Lyon, plusieurs rencontres sont organisées, ainsi que la projection du film Normal. À Strasbourg, Support Transgenre Strasbourg appelle à un rassemblement à 15h place Kléber. À Bruxelles, une procession partira de l’Hôtel de Ville à 19h30.

Toutes les infos sur les actions organisées en France sont sur le site du collectif. Les actions dans les autres pays (Allemagne, Italie, États-Unis, Australie, Finlande, Royaume-Uni…) sont sur le site international.

source : Yagg

[Canada] Déclaration de l’Institut Simone de Beauvoir - Une prise de position féministe sur le travail du sexe

Thursday, November 4th, 2010
Correspondante : Institut Simone de Beauvoir
Publié le : 02/11/2010 à 16h56
Catégorie : Communiqués

L’Institut Simone de Beauvoir de l’Université Concordia appuie le récent jugement de la juge Susan Himel de la Cour supérieure de justice de l’Ontario concernant les lois sur la prostitution du Canada.

Nous appuyons cette décision en tant que féministes et, plus particulièrement, en tant que féministes qui occupent une position de leadership dans le domaine de la sexualité. L’Institut Simone de Beauvoir a été fondé en 1978 et offre le plus ancien programme d’études féministes au Canada. Notre programme d’études féministes a été le premier à offrir un cours sur les études lesbiennes (1985); nous avons contribué à La Ville en Rose, un colloque international sur les études gaies et lesbiennes qui s’est tenu en 1992; et nous avons participé activement à la mise sur pied du premier cours de premier cycle dédié au VIH/SIDA donné dans une université canadienne (1994). Depuis 2006, nous offrons un cours optionnel intitulé «Framing the prostitute» (Encadrer la prostitution) qui explore les manières dont les débats sur la prostitution sont construits au sein des politiques publiques et des milieux féministes et militants.

Depuis plus de trente ans, l’Institut Simone de Beauvoir occupe une position de leader en ce qui a trait aux questions de sexualité. Notre position d’appui au jugement Himel s’inscrit donc dans une longue tradition d’actions et de réflexions en matière de sexualité.

Le contexte des lois sur la prostitution au Canada
L’échange de services sexuels contre de l’argent est entièrement légal au Canada. Cependant, la plupart des éléments impliqués par la prostitution sont criminalisés. Cela inclut :
• communiquer pour les besoins de la prostitution;
• être le propriétaire ou le fondateur d’une maison de débauche; et
• forcer une autre personne à exercer la prostitution (les lois sur le proxénétisme).

Le jugement Himel
Le jugement Himel soutient que ces trois éléments des lois sur la prostitution ne permettent pas aux femmes de travailler dans un environnement sécuritaire. Par exemple, les femmes ne peuvent pas communiquer clairement sur des questions de sexualité avec un client, notamment à propos de la protection contre les infections transmises sexuellement, puisqu’elles ont peur d’être accusées d’une infraction de communication. Dans un autre cas de figure, les femmes ont l’interdiction de se mettre en équipe et de travailler ensemble dans un même appartement, puisque l’appartement en question serait considéré comme une maison de débauche. De la même manière, les femmes qui vivent avec un(e) conjoint(e) peuvent voir cette personne condamnée à cause des lois sur le proxénétisme qui interdisent de «vivre des fruits» d’une travailleuse du sexe. Ces lois empêchent également les femmes de s’organiser collectivement dans le but d’assurer leur sécurité et leur bien-être : de la constitution d’un syndicat à l’adhésion à une assurance maladie.

La juge Himel, considérant les preuves qui lui ont été présentées, a conclu que les dispositions actuelles du Code criminel créent un contexte dans lequel les femmes qui travaillent dans l’industrie du sexe font l’objet d’un danger grandissant. Le jugement affirme que les lois existantes relatives à la prostitution causent des méfaits aux femmes puisqu’elles les mettent à risque de subir davantage de violence. Les dispositions actuelles du Code criminel transgressent la Charte des droits : le droit à la vie, à la liberté et à la sécurité de la personne.

Ce jugement laisse 30 jours au gouvernement fédéral pour faire appel. Bien que le jugement ait eu lieu en Ontario, il pourrait avoir des répercussions dans d’autres provinces, considérant qu’il remet en question la constitutionnalité de certaines parties du Code criminel lui-même.

Pourquoi nous appuyons cette décision en tant que féministes
• Ce jugement soulève d’importantes questions quant au droit des femmes de contrôler leurs conditions et leur environnement de travail. Considérant que l’échange de services sexuels contre de l’argent n’est pas un acte criminel au Canada, nous appuyons la liberté des femmes de définir les conditions dans lesquelles elles travaillent. Ceci inclut aussi les femmes travaillant dans l’industrie du sexe.

• Nous ne nions pas qu’il puisse y avoir des abus de pouvoir et de la violence au sein de l’industrie du sexe – tout juste comme nous pouvons constater de la violence et des abus de pouvoir dans n’importe quel milieu de travail. Nous pensons que plus les femmes ont du pouvoir sur leurs conditions de travail, plus leur sécurité et leur santé s’accroissent. En tant que féministes, nous avons travaillé pendant des années pour assurer une participation active des femmes à la définition des conditions de travail de leurs vies. Notre engagement à ce principe inclut les femmes qui travaillent dans l’industrie du sexe.

• Nous appuyons aussi cette décision car en tant que féministes, l’histoire nous dit que ces mêmes lois sur la prostitution ont été utilisées particulièrement contre des communautés marginalisées. Par exemple, une descente a été faite au bar gay Truxx en 1977 à cause des lois sur les maisons de débauche. Ce scénario s’est répété en 1994 lorsque la police de Montréal a effectué une descente au bar gay K.O.X. en affirmant qu’il s’agissait d’une maison de débauche. Vers la fin des années 1990, des établissements échangistes du Montréal métropolitain ont également fait l’objet de descentes à cause des lois sur les maisons de débauche. Les lois qui criminalisent la prostitution permettent à l’État de viser les lieux, les événements et les communautés de ceux et celles qui sont sexuellement marginalisés. En tant que féministes, notre solidarité avec les communautés gaies et lesbiennes nous force à rejeter la criminalisation de la prostitution, parce que les évidences historiques du Canada nous démontrent clairement qu’alors que ces lois sont apparemment utilisées pour « protéger » les femmes, la réalité est plutôt qu’elles sont mobilisées contre les minorités sexuelles en général.

La prostitution n’est-elle pas préjudiciable aux femmes?
Comment les féministes peuvent-elles l’appuyer?

En discutant du débat sur la prostitution et du récent jugement Himel, certaines personnes soutiennent une position selon laquelle la prostitution en elle-même cause préjudice aux femmes. Plusieurs féministes avancent cet argument. La réalité est, en fait, beaucoup plus complexe qu’une telle prise de position. En fait, le jugement Himel est précisément une source d’intérêt pour nous en tant que féministes parce qu’il nous pousse à nous questionner sur la définition du « préjudice » en lui-même. Les lois qui sont désignées comme devant protéger les femmes peuvent aussi leur causer préjudice et cela a été démontré dans les exemples de l’utilisation des lois sur les maisons de débauche contre les communautés gaies et lesbiennes.

De manière similaire, une loi qui empêche les femmes de déterminer leurs propres conditions de travail leur cause préjudice puisque cela diminue leur autonomie et leur pouvoir d’agir. Nous sommes d’accord avec le jugement Himel selon lequel les lois sur la prostitution du Canada leurs sont préjudiciables et que ce préjudice transgresse la garantie de sécurité de la personne assurée par la Charte des droits. La sécurité des personnes assure le droit de vivre sans violence. C’est donc en tant que féministes engagées dans la lutte contre la violence faite aux femmes que nous appuyons le jugement Himel.

Une véritable consultation
Un des apprentissages les plus importants des politiques féministes est la nécessité de consultations authentiques. Les féministes ont soutenu que les femmes doivent avoir le droit de vote si un état démocratique veut affirmer avoir consulté tous ses citoyens. Les féministes travaillistes ont maintenu que les travailleuses doivent être consultées si nous voulons comprendre comment un environnement de travail particulier affecte les femmes. Exactement comme les féministes qui nous ont précédées et qui ont insisté sur l’importance de consulter les femmes, nous soulignons l’importance d’un authentique dialogue avec les femmes qui travaillent dans l’industrie du sexe. Notre engagement envers les politiques féministes nous demande de parler directement aux femmes qui vivent cette réalité spécifique afin que nous puissions travailler ensemble à l’amélioration de leur situation telle qu’elles la conçoivent.

Recommandations pour les futures actions et réflexions en matière de prostitution :
À l’Institut Simone de Beauvoir, nous nous engageons à :
• soutenir la décriminalisation du travail du sexe au Canada, dans un contexte selon lequel l’échange de services sexuels contre de l’argent ne figure pas dans le Code criminel du Canada;
• protester contre les lois qui causent du tort aux femmes, même si leur intention est de « protéger » les femmes;
• soutenir l’autonomie des femmes à définir leurs conditions de travail, ceci incluant les travailleuses du sexe;
• reconnaître l’expertise des travailleuses du sexe dans notre réflexion sur les sujets qui les concernent;
• travailler en partenariat avec les femmes pour lutter contre la violence. Cet engagement inclut une véritable collaboration avec les travailleuses du sexe afin d’identifier et d’implanter les stratégies qu’elles perçoivent comme étant pertinentes pour contrer la violence exercée contre elles, en tant que femmes, et en tant que travailleuses.

Signé par les membres du personnel enseignant ainsi que les étudiantes et étudiants de l’Institut Simone de Beauvoir, Université Concordia.

> Simone de Beauvoir Institute’s Statement: A Feminist Position on Sex Work - Déclaration de l’Institut Simone-De Beauvoir : une prise de position féministe sur le travail du sexe (PDF)

Europe 1 - Café Découverte

Monday, October 4th, 2010

La prostitution revient-elle en France ou n’est-ce que de la poudre aux yeux ?

Un fait, une histoire, un débat. Michel Field installe chaque jour le décor pour un récit sans frontière.

Ses invités :

Jean-Jacques Herlem, directeur de tutelle de la BRP

Florence Garcia, présidente de l’association lyonnaise Cabiria (association d’aide aux prostitués)

Maîtresse Gilda, porte parole du STRASS

S’abonner au podcast : http://www.europe1.fr/podcasts/cafe-decouvertes.xml

télécharger le fichier audio : Café découverte

PROSTI TUÉES !

Tuesday, August 24th, 2010

“Lobbys religieux, charity-business, démagogie, errances idéologiques, bonne conscience, politiquement correct, mensonges, manipulation… Abolitionnisme : pour en finir avec ce système.”

Alternative Libertaire a choisi de faire dans son numéro de juillet-aout 2010 un dossier sur la prostitution avec pour titre « Proxénètes, Clients, PROSTI   TUEURS, pour en finir avec ce système ». (1)

Ils expliquent que leur volonté d’écrire ce dossier est venue de leur rencontre avec des féministes qu’ils appellent ‘pro-prostitution’ ainsi que de groupes qu’ils nomment règlementaristes. Des militantes du STRASS ayant fait partie du collectif féministe en question, nous croyons comprendre que c’est de nous entre autres qu’il s’agit à travers ces mots. L’éditorial du dossier est en fait plus précis, parmi les exemples de ce qu’AL appelle ‘l’offensive règlementariste’ ils citent : « création d’un syndicat de prostitué-e-s – le Strass –, pétition demandant la mise en place de services sexuels pour les personnes handicapées, articles dans des grands quotidiens appelant à la constitution de maisons de prostituées autogérées… »

Ni le STRASS ni ses alliées féministes ne se sont ‘pro-prostitution’, mais défendent la légalité du travail sexuel, sa dignité, son droit d’exister sans souffrir de discriminations, d’opprobre et de violence. Le STRASS n’est pas un lobby ‘pro-prostitution’ mais un syndicat de défense des droits des travailleurs et travailleuses du sexe. L’amalgame est trompeur, et l’on ne dirait pas des autres syndicats qu’ils défendent le capitalisme quand ils défendent les travailleurs. Le STRASS n’est pas règlementariste. (2) En fait, le STRASS est l’organisation en France qui se bat le plus contre le règlementarisme car c’est nous qui avons été à la pointe du rejet de la réouverture des maisons closes prônée par la députée UMP Chantal Brunel en hiver dernier. C’est nous qui avons consacré les Assises de la prostitution 2010 au Sénat en partenariat avec le Collectif Droits et Prostitution sur le thème de l’opposition aux maisons closes, et c’est nous encore qui avons organisé la seule manifestation publique le soir de ces Assises, ayant clairement comme mot d’ordre le rejet de la proposition de Brunel. (3) Nous nous sommes maintes fois exprimé publiquement sur notre refus des maisons closes.

Il est évident qu’AL a une définition faussée du règlementarisme, mais certainement aussi de l’abolitionnisme et du prohibitionnisme. Nous considérons en effet le réglementarisme comme une politique de contrôle et de répression de la part de l’Etat qui est en contradiction totale avec nos revendications, parmi lesquelles notre proposition de maisons ouvertes autogérées en coopératives, sans patron ni contrôle d’un tiers ou de l’Etat. Nos revendications pour la reconnaissance de notre existence, le droit commun et l’égalité des droits, et la décriminalisation de notre travail par l’abolition de toutes les lois sur la prostitution s’apparentent au contraire bien plus à la volonté originelle de l’activiste et fondatrice de la philosophie abolitionniste, Joséphine Butler. Or, il est vrai que nous ne nous définissons pas non plus abolitionnistes, car ce courant a été récupéré et dévoyé par des prohibitionnistes souvent d’obédience chrétienne ayant pour but final l’abolition du travail du sexe, par le contrôle social de la prostitution et notre “réhabilitation”.

Ce courant bénéficie de millions d’euros de subventions publiques chaque année afin de lutter contre la prostitution, avec des centaines de personnes salariées dans toute la France ayant tout intérêt à préserver leurs intérêts économiques. Pour ne prendre exemple que de l’une d’entre elles, l’Amicale du Nid bénéficie d’un budget annuel de 12 200 000 euros avec plus de 200 salariés. (4) L’abolitionnisme tel qu’il existe aujourd’hui est donc avant tout un business très juteux. Ces organisations défendent la criminalisation de l’organisation de notre travail à travers les lois sur le proxénétisme, sans distinguer le proxénétisme de contrainte du proxénétisme de soutien, et maintenant militent pour la pénalisation de nos clients, contrairement à ce qu’ils déclaraient lors de leur audition au Sénat, en 2001 estimant que c’est une “fausse solution”. C’est dans cette ligne idéologique qu’AL veut se situer, en prétendant ne pas être prohibitionniste parce qu’ils sont contre la criminalisation du racolage. Or, le délit de racolage n’est qu’une des mesures d’un ensemble législatif prohibitionniste qui criminalise les travailleurs et travailleuses du sexe de bien des façons.

L’autre raison pour laquelle nous ne nous définissons pas abolitionnistes est que toutes ces organisations participent à la confiscation de la parole des travailleurs et travailleuses du sexe, soit par notre maintien au silence, soit par la calomnie, en nous accusant d’être complices de trafiquants, de proxénètes, de pédophiles et de violeurs, quand nous ne le serions pas nous mêmes.(5) La seule parole des travailleurs du sexe qui leur semble valable est celle qu’ils instrumentalisent, c’est-à-dire celle de personnes présentées comme victimes, n’ayant pas la capacité de faire leur propre choix et nécessitant leur aide charitable.

Ce n’est pas ainsi que nous concevons notre libération. Nous pensons au contraire que le statut de victime est un piège, qui nous enferme dans une posture de passivité, et nous prive de moyens d’actions pour nous auto-organiser. Les abolitionnistes ont beau avoir de belles intentions, nous ne leur reconnaissont aucun droit à décider de nos vies et des actions que nous devons mener, comme le fait de continuer à exercer le travail du sexe ou non.

Il est déplorable qu’AL ait décidé de procéder de la même façon en rédigeant tout un dossier sur notre travail, sans se donner la peine de consulter les divers collectifs de travailleurs et travailleuses du sexe qui existent en France, dont le STRASS. AL s’arroge le monopole de l’autogestion en déniant la parole des travailleurs et travailleuses du sexe dans son analyse et nous explique pourquoi  dans un texte datant de 2007: «Nous ne participerons pas aux luttes revendiquant des droits attachés au « métier » ou au statut de prostitué(e)s, mais avec les prostitué(e)s aux luttes universelles qui les concernent aussi (lutte pour les droits sociaux universels, lutte contre les lois sécuritaires). » (6) Voilà tout le paradoxe de la position abolitionniste d’AL qui refuse de considérer les travailleurs du sexe dans leur diversité et divise les prostituées en traçant une frontière improbable : d’un côté les “bonnes” prostituées victimes et de l’autre ; des libérales complices du système patriarcal et du capitalisme mondialisé. Comme si nos luttes, bien que partagées par des libertaires, n’étaient pas légitimes parce qu’émanant de femmes, de trans’ et d’hommes exerçant le travail sexuel mais refusant la victimisation et la confiscation de notre parole par des “spécialistes” auto-proclamés, et préférant nous syndiquer pour enfin, nous faire entendre. Y a-t-il d’autres groupes de travailleurs pour lesquels AL conditionne ainsi sa solidarité ?

En lisant le dossier d’AL, les seuls ‘experts’ cités, à l’exception d’Andrea Dworkin, n’ont aucune expérience du travail du sexe. Ce qui est éclairant par ailleurs, c’est que ces ‘experts’ se contredisent entre eux. En effet, AL interviewe le sociologue Lilian Mathieu qui les met pourtant en garde contre les erreurs des courants abolitionnistes. Son livre, La Condition Prostituée, explique très bien l’essentialisme de l’idéologie abolitionniste et Mathieu a dû dénoncer le manque de rigueur scientifique des autres ‘experts’ cités comme Richard Poulin, et en particulier leur habitude de fabriquer de faux chiffres. (7)

Celles et ceux qui militent pour les droits des travailleurs et travailleuses du sexe savent que les chiffres avancés sont pour la plupart faussés, quand ils ne sont pas inventés de toute pièce. Par exemple, lors de chaque événement sportif international, nous entendons la même légende urbaine des 40 000 femmes victimes de la traite déportées d’un endroit à l’autre de la terre. (8) AL décide de présenter les mêmes faits et décrit la prostitution en France comme dominée par la traite. Il semble donc qu’AL se base sur les mêmes chiffres que ceux délivrés par le Ministre de l’Intérieur Brice Hortefeux. Cependant, le STRASS a déjà démontré dans une tribune sur LeMonde.fr que les chiffres du Ministre sont faux, basés sur le nombre de personnes arrêtées dans le travail de sexe de rue et ne reflètent en rien la réalité de la prostitution en France.(9) En effet, les personnes arrêtées en priorité par la police sont étrangères car le délit de racolage a pour but de les expulser. Il ne reste plus qu’aux courants abolitionnistes d’imposer le dogme selon lequel tous les travailleurs et travailleuses du sexe étrangèrEs sont des victimes de la traite car par définition il ne peut y avoir pour eux de migration économique s’agissant du travail sexuel. Nous en arrivons donc à la conclusion erronée que la grande majorité des prostituéEs en France seraient des victimes de la traite des êtres humains.

“Post hoc ergo propter hoc”

Ce constat biaisé érigé en vérité scientifique permet ensuite, pour le gouvernement d’expulser autant qu’ils veulent, et pour les courants abolitionnistes de revendiquer de plus amples mesures prohibitives dont la principale est à présent la pénalisation de nos clients. Comme son titre l’indique, avec en couverture l’image d’une ombre d’homme portant un costume représentant le pouvoir masculin, le dossier d’AL tient la position des hommes comme centrale dans l’existence de la prostitution et de la traite. En plus de la figure du proxénète, qui pourtant dans la réalité est souvent une femme, le nouveau responsable de tous les maux des femmes est le client de prostituéEs. C’est lui qui est considéré comme responsable de la traite des femmes, car c’est lui qui créerait la demande pour le marché du sexe. En plaçant, le rôle du client comme central dans son analyse, AL commet l’erreur d’omettre les travailleurs et travailleuses du sexe. En général, la raison pour laquelle nous exerçons le travail du sexe n’est pas à la suite d’une demande d’un client mais pour des raisons économiques.

La plupart du temps, c’est nous qui allons chercher le client pour répondre à nos besoins. En voulant criminaliser nos clients, AL ne répond pas à notre situation économique, mais met en danger les ressources que nous avons à notre disposition par le travail du sexe. AL a beau préciser que des droits universels devraient nous permettre de ne plus avoir à travailler dans l’industrie du sexe, mais la répression de nos clients telle qu’elle s’est déroulée dans les pays qui ont choisi ce  modèle, et telle qu’elle est présentée par le reste des courants abolitionnistes ne va pas dans ce sens. En réalité, la répression des clients est le moyen de ne pas avoir à résoudre la question de notre situation économique, et de fait, ne fait pas disparaitre la prostitution. Si AL considère sérieusement le problème de la précarité des femmes et des minorités qui ont recours au travail du sexe comme forme de stratégie économique, ils ne devraient même pas avoir à envisager la question de nos clients mais tenter de trouver de meilleures options. La criminalisation de nos clients au contraire aggrave notre précarité car elle nous prive d’une partie de nos revenus, nous force à travailler dans des espaces plus éloignés de la police pour conserver notre clientèle et donc à travailler plus longtemps et dans de plus grands dangers.

AL répondra alors que la majorité des prostituéEs étant des victimes de la traite, notre situation économique n’est qu’un facteur secondaire car minoritaire, un souci de capitalistes libéraux présentant la « figure mensongère de l’indépendante faisant croire que la prostitution est faite par et pour les travailleuses: l’argent leur reviendrait ». Or, même si AL avait raison et que la majorité des prostituées étaient des victimes de la traite, criminaliser les clients ne supprimerait pas la ‘demande’ de sexe. Elle ne ferait que réprimer celui qui pour l’instant est le seul acteur qui peut encore appeler la police sans risque d’être arrêté, et celui en meilleure position de mettre fin à la traite des êtres humains concrètement en étant en direct contact avec les victimes. Si AL connaissait un peu mieux nos clients, ils sauraient qu’ils ne viennent pas dans le désir ordinaire de nous dominer, parce que la sexualité des hommes n’est pas vouée par essence à toujours vouloir dominer celle des femmes.

Le STRASS déplore qu’une organisation libertaire puisse défendre de telles positions, celle de lobbys religieux, contre l’auto-organisation des travailleurs et travailleuses du sexe dénoncée comme règlementariste, et envisage peut-être même la pénalisation de nos clients. Nous estimons que c’est un réel recul de la part des mouvements anarchistes et libertaires quand on sait par exemple qu’Emma Goldman avait dénoncé la fabrication du mythe de la traite des blanches par les mouvements chrétiens et prohibitionnistes afin de contrôler les femmes du peuple en réprimant davantage l’exercice de la prostitution. Goldman plaçait la question de la situation économique des femmes au centre de son analyse et jamais n’a accusé les prostituéEs d’être complices du capitalisme ou du patriarcat. (10)

1 http://www.alternativelibertaire.org/spip.php?article3631

2 http://site.strass-syndicat.org/2009/11/reouverture-des-maisons-closes-mise-au-point-sur-la-position-du-strass/

3 http://site.strass-syndicat.org/2010/04/assises-de-la-prostitution-et-pute-pride-2010-revue-de-presse-suite/

4 http://www.fondationscelles.org/index.php?option=com_content&task=view&id=208&Itemid=111

5 http://www.mouvementdunid.org/Feu-Verts-au-proxenetisme-Lettre

6 http://www.alternativelibertaire.org/spip.php?article707&var_recherche=prostitution%20abolitionnisme%20

7 http://www.contretemps.eu/socio-flashs/ce-que-melange-entre-expertise-militantisme-peut-produire-pire

8 http://endehors.net/news/une-legende-urbaine-les-40-000-prostituees-d-europe-de-l-est-importees-en-allemagne-pour-la-coupe-du-monde-de-football

9 http://www.lemonde.fr/idees/article/2010/06/02/combien-de-travailleurs-du-sexe-sommes-nous-par-thierry-schaffauser_1366353_3232.html

10 http://womenshistory.about.com/library/etext/bl_eg_an8_traffic_in_women.htm